| SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUE | STYLE MUSICAL |
|---|
| Samuel -Sam- Osborne Barber [1910, USA (West Chester, Pennsylvanie) - 1981, USA (New York)], né d'une mère pianiste dans un milieu aisé, est un enfant précoce stimulé par sa tante la contralto Louise Homer et par son oncle le compositeur Sidney Homer (un mini-opéra déjà à 10 ans) ; il étudie, dès 14 ans, le chant (avec Emilio de Gogorza), le piano (avec George Boyle, Isabelle Vengerova) et la composition (avec Rosario Scalero), au tout nouveau Curtis Institute de Philadelphie, fondé par Mary Curtis Bok le 1er Octobre de cette année-là (1924 - 1934), puis en Italie, à l'American Academy de Rome de 1935 à 1937 (avec des voyages dans toute l'Europe, dès 1928), et parallèlement la direction d'orchestre avec Fritz Reiner (et plus tard avec George Szell) ; après des débuts de baryton professionnel (y compris à la Radio), il enseigne l'orchestration au Curtis Institute (1939 - 1942), puis vit de ses commandes ; en 1928, il rencontre son cadet le compositeur Gian-Carlo Menotti (1911 - 2007), juste émigré aux USA avec qui il commence une longue relation tant personnelle que professionnelle (livrets des opéras "Vanessa", "A Hand of Bridge", et en partie "Anthony and Cleopatra") ; en 1943, la philanthrope Mary Bok aide financièrement les 2 compagnons à acquérir une villa au milieu des bois (appelée Capricorn) à Mount Kisco, près de New York, qui devient le lieu de rendez-vous de nombreux artistes et intellectuels (jusqu'en 1973, année de leur séparation définitive, mais pas totale... Menotti est présent dans sa chambre de cancéreux en phase terminale le jour de la mort du compositeur) ; après une renommée au firmament aux USA (mais peu en Europe) entre 1938 et les années 60, le compositeur subit un fiasco majeur avec la création de "Anthony and Cleopatra" en Septembre 1966, et les 15 dernières années de sa vie ne seront qu'une suite de désillusions alternant dépression paranoïde et alcoolisme (frappé d’ostracisme, en raison de l'inadéquation de son style, constant depuis ses débuts, avec les changements radicaux de la création musicale autour de lui, de Cage à Carter) ; d'après tous les témoignages, un personnage intimiste, fin, à la sensibilité à fleur de peau, mélancolique, sentimental et sensuel (jusqu'avec son dernier jeune assistant, Valentin Herranz), attaché viscéralement à son action créatrice, mais tourmenté, peu combattif, voire dépressif (dans une période sociétalement à l'opposé). Site Internet (en Français, par l'Association Capricorn): www.samuelbarber.fr... Première œuvre significative : "Dover Beach" (1931, pour voix et quatuor à cordes, charmante mélancolie illustrant les poèmes de Matthew Arnold). Instrument pratiqué : piano, voix (baryton), orchestre (chef). | Progressiste-National-Mélodiste (tendance romantique). Samuel Barber est un compositeur marquant par la beauté de ses lignes mélodiques naturelles (un véritable amoureux du chant), par son charme et sa spontanéité (tout en étant maîtrisée et construite), par sa référence (néo)romantique, à la fois Iyrique, rythmiquement complexe et riche en harmonies ; il est le seul compositeur Américain important à ne pas avoir utilisé le Jazz ou le Folk (ses racines sont davantages trouvées dans le post-romantisme Brahmsien, les divagations de Scriabine, voire le milieu du 19ème siècle avec John Field, et de manière générale l'héritage Européen du 19ème siècle) et sa musique coulée, limpide, intimiste, généreuse, surprenante, est immédiatement reconnaissable ; il n'est pas le conservateur passéiste que ses prosélytes attendaient (depuis son "Adagio pour Cordes" ou son Concerto pour violon) ou que ses détracteurs -tardifs- villipendaient, car même si son esthétique a peu évolué depuis ses premières créations, son langage s'est cependant modernisé progressivement (rythmes Stravinskyens, dodécaphonisme Webernien, dissonances, couleurs instrumentales subtiles, sans aller jusqu'à l'atonalité)… Pièces emblématiques (sur un total de 50 numéros d’opus et 120 compositions diverses sans numéro d’opus, dont quelques 70 mélodies) : avant période contemporaine, "Symphony in One Movement [n°1]" (1936, pour orchestre, condensée, démonstrative, romantique et nostalgique, mais avec assez de dissonances pour paraître moderne à l'époque), "4 Songs" (1938, pour voix et piano, de belles mélodies dont "Sure on this Shining Night" ), "Adagio pour Cordes" (1938, célébrissime tube, à partir d'un mouvement de son quatuor à cordes n°1, créé par Arturo Toscanini et la NBC le 5 Novembre, radiodiffusé en direct dans toute l'Amérique, lui octroyant du jour au lendemain la gloire à 28 ans... et dont la popularité, y compris en musique de films, a occulté le reste de son œuvre), durant la période contemporaine, Concerto pour violon (1941, mélodieux et élégiaque, puis tumultueux), Concerto pour violoncelle (1945, enjoué, et dansant dans son 3ème mouvement), "Knoxville, Summer of 1915" (1947, bucolique, avec des confidences angoissées), Sonate pour piano (1949, en 4 mouvements disparates, hérités de Scriabine et Prokofiev, avec un équilibre harmonique instable et une Fugue virtuose), "Medea's Meditation of Dance and Vengeance [Méditation de Danse et Vengeance de Médée]" (1953, pour orchestre, non écouté en concert), "Vanessa" (1958, opéra, son chef d'œuvre, un repère du 20ème siècle), "Nocturne, Homage to John Field" (1959, pour piano, non écouté en concert), "Andromaque's Farewell" (1962, cantate scénique pour soprano et orchestre, aux teintes sereines et enchantées), Concerto pour piano (1962, néo-romantique pur, avec un brillant 3ème mouvement), "Anthony and Cleopatra" (1966, opéra, un échec dû davantage au livret caricatural et à la mise en scène boursoufflée du réalisateur de cinéma Franco Zeffirelli, dont la refonte en 1975 a révélé la valeur), The Lovers" (1971, pour baryton, chœur mixte et orchestre, sur des poèmes de Pablo Neruda, sa pièce la plus ambitieuse, inhabituellement sensuelle), "Third Essay" (1978, pour orchestre, vigoureux, à la rythmique Bartokienne). |
ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)| CRÉATION | TITRE | ANALYSE | TEMPS | VALEUR | NIVEAU | | 1941 | Concerto pour violon (violon et orchestre) [31 ans] | Violon concertant. Un concentré rythmique, fait d'envolées, de sauts, de jaillissement, et aussi d'épanchements, lyriquement exaltant et (néo)romantique, dans un langage plutôt passéiste ; les 2 premiers mouvements sont très mélodieux et élégiaques, avec de beaux dialogues entre le violon et les vents de l'orchestre : le premier, Allegro de forme sonate, d'une grande émotion (sans sentimentalité) avec un lyrisme chaleureux et étiré, le second, Andante, est une rêverie lyrique, avec un solo de hautbois obsédant ; le brusque et tumultueux finale part de façon inattendue dans la direction opposée, avec une virtuosité telle que c'est un vrai challenge pour le soliste ; pour l'anecdote la commande provient du père fortuné d'un jeune virtuose qui s'est plaint de la facilité technique des 2 mouvements proposés, ce qui a poussé le compositeur à en ajouter un 3ème... que le prodige n'a pas pu jouer [création : 7 Février 1941, à Philadelphie (USA)]... de la même veine, le concerto pour violoncelle (1945), voire, plus moderniste (un peu), le concerto pour piano (1962) | 23 | xxx | +++++ |
| 1948 | Knoxville : Summer of 1915 (soprano et orchestre) [38 ans] | Voix-Orchestre. Une superbe pièce toute en légèreté et nostalgie, en atmosphère, mêlant subtilement la voix (soprano) et l'orchestre d'après un poème de James Agee : une peinture de paysages, rapsodie lyrique, méditation émerveillée, intime et nostalgique, bucolique, avec des confidences angoissées [création : 9 Avril 1948, à Boston (USA), par le Boston Symphony Orchestra, dirigé par Serge Koussevitsky] | 15 | xxx | ++++ |
| 1958 | Vanessa (opéra) [48 ans] | Opéra-théâtre. Premier opéra, avec un livret du compositeur Gian Carlo Menotti (son compagnon) en 3 actes, commencé en 1952 et mettant en scène un triangle amoureux tragique entre 2 jolies femmes, Vanessa (soprano), aristocrate mélancolique, et sa jeune nièce Erika (mezzo-soprano), tout aussi mélancolique, et Anatole (ténor), un jeune mufle opportuniste et le fils de l'ancien amant de Vanessa (aussi nommé Anatole) ; une histoire mélodramatique lourde mais pas étouffante (Vanessa, tombe amoureuse d'Anatole, Erika, couche aussi avec Anatole, mais tombe enceinte et décide d'avorter pour éviter de compromettre sa tante, pour finir Vanessa s'enfuit avec Anatole, ignorant de son inutilité, tandis qu'Erika reste à la maison et se retire du monde), avec une bonne progression de l'intrigue jusqu'à un dernier acte réussi (quintette superbe et tableau final poignant), dans une atmosphère à la fois de passions (influence de Isak Dinesen, avec «Seven Gothic Tales») et d'abandon (influence de Tchékhov, avec «La Cerisaie», pour le final) ; un sens mélodique et une pureté de la voix uniques -certaines mélodies sont particulièrement inspirées et des modèles de chants, comme "Must the winter come so soon?" ou "Do not utter a word, Anatol" (Acte 1, Scène 1, soprano et orchestre) sont justement célèbres- sur une musique qui synthétise toutes les avancées précédentes ; une pièce intimiste, une sorte de mélodrame sans action éclatante et focalisé sur une poétique de la mélancolie ; note : un opéra tardif pour le «prince» de la mélodie vocale moderne, signe de son appréhension du genre (choix du livret, longue composition, théâtralité, extériorisation par rapport à la mélodie accompagnée) ; un bel interlude orchestral est joué séparément (intermezzo de l'acte 2) [création : 15 Janvier 1958, à New York (USA), au Met, dirigé par Dimitri Mitropoulos... mais les somptueux décors de Cecil Beaton ont été détruits dans un incendie, en 1973]... de la même veine, "Anthony and Cleopatra" (1966), opéra tout aussi intériorisé dans sa version au livret révisé en 1975 (créé en version de concert aux Théâtre des Champs Elysées à Paris en 1980). | 122 | xxxx | +++ |
| 1971 | The Lovers (soli, chœur mixte et orchestre) [61 ans] | Voix-Orchestre (baryton et grand chœur mixte, jusqu'à 200 chanteurs, bois par 3). Une cantate sur des poèmes de Pablo Neruda, dédiée à son jeune compagnon en date Valentin Herranz (et dédicataire testamentaire), probablement le chant du cygne du compositeur, en raison de l'investissement personnel sur les textes, de son ambition d'écriture (de loin sa pièce la plus avancée), de la sensualité (voire de l'érotisme) qui s'en dégage ; le choix littéraire de «Vingt Poèmes d'Amour et un Chant de Désespoir» correspond à une esthétique partagée avec Pablo Neruda (poète Chilien sensuel, par ailleurs communiste, mort en 1973) et à un évènement fort (attribution du prix Nobel de littérature en 1971) ; seuls des fragments souvent éclatés ou parcellisés (contrairement à toutes ses pièces antérieures, plutôt littérales) de 9 des 20 poèmes et les 14 derniers couplets (la 2ème moitié) du chant sont repris, cependant, la poétique de l'amour entre 2 êtres n'en est pas altérée pour autant (du commencement fervent à sa conclusion mélancolique) ; la musique est subtile et fine, colorée par les alliages des bois (riche en humeurs délicatement variées, tout en coulant naturellement) avec un motif de chant d'oiseau (flûte et clarinette en écho) qui ouvre le prélude, avec un second motif (transformé et inversé du premier, au hautbois), les 2 ré-apparaîssant plusieurs fois avec insistance, jusqu'à la fin en douceur, préparatoire à la nostalgie et aux regrets ; le grand chœur, notamment les 3ème et 4ème interventions, atteint des sommets de lyrisme, et bien sûr, la voix d'homme -envers son aimé(e)- s'enveloppe de sensualité avec les mots «body of a woman, white hills, white thighs» ou d'érotisme avec «your wet body wedged, between my wet body» [création : 22 Septembre 1971, à Philadelphie (USA)] | 35 | xxxx | +++ |
ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours] | Né le 9 Mars 1910
M.A.J.-Actus : 2010/03/19. | Mort le 23 Janvier 1981 ; reprise du Quatuor à cordes op.11 à Prades, le 1er Août 2009 ; peu joué en France, mais quelques efforts en 2010 pour son centenaire (hormis l'adagio pour cordes, évidemment) ; hommage Internet créé par ses amis en France |
Actualisation de la page : 19-Mars-2010 |