Adams | Adès | Amy | Andre | Babbitt | Bacri | Barber | Barraqué | Bayle | Bedrossian | Benjamin | Berio | Bernstein | Birtwistle | Boesmans | Boucourechliev | Boulez | Britten | Cage | Campana | Carter | Cavanna | Chostakovitch | Chowning | Connesson | Copland | Crumb | Dalbavie | Dallapiccola | Dao | Denisov | Dillon | Durieux | Dusapin | Dutilleux | Éloy | Eötvös | Escaich | Fedele | Feldman | Fénelon | Ferrari | Ferneyhough | Ginastera | Glass | Goeyvaerts | Górecki | Greif | Grisey | Harvey | Henry | Henze | Holliger | Huber | Ingólfsson | Jolas | Jolivet | Kagel | Kurtag | Lachenmann | Levinas | Ligeti | Lindberg | Lutoslawski | Machover | Maderna | Manoury | Mantovani | Maresz | Messiaen | Monnet | Murail | Nancarrow | Nono | Nunes | Ohana | Pablo | Pärt | Parmégiani | Partch | Pécou | Penderecki | Pesson | Poulenc | Pousseur | Radulescu | Reich | Rihm | Riley | Risset | Robin | Saariaho | Scelsi | Schaeffer | Schnittke | Schoeller | Sciarrino | Stockhausen | Stravinsky | Takemitsu | Tanguy | Tippett | Ullmann | Varèse | Vivier | Wessel | Xenakis | Young | Zimmermann |



* LUIGI DALLAPICCOLA (1904 - 1975), Italie

SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUESTYLE MUSICAL
Luigi Dallapiccola [1904, Italie (Pisino d'Istria en Italien, ou Mitterburg en Autrichien, alors en Autriche-Hongrie, aujourd'hui Pazin, en Croatie) - 1975, Italie (Florence), décédé à 71 ans], après l'exil politique à Graz de sa famille contestataire (pro-nationalisme Italien) en 1917-1918 par les Habsbourg (pour lui, une humiliation), étudie le piano et la composition au Conservatoire de Florence avec Roberto Casiraghi, Corrado Barbieri, puis Vito Frazzi ; la révélation du "Pierrot Lunaire" de Schoenberg stimule sa vocation pour la composition, en 1924 ; après un soutien initial à Mussolini (années 20), la guerre d'Espagne, la campagne militaire Italienne d'Abyssinie (1935) et la radicalisation anti-sémite de la doctrine Fasciste (1938) le poussent à une opposition déclarée au régime politique (à son racisme, aux aliénations des libertés) et à un second exil pendant la 2ème guerre mondiale (local, celui-là, caché à 2 reprises plusieurs mois, dans un petit village près de Florence) ; à la fin de la guerre, en 1945, il a une activité de journaliste, en parallèle à ses compositions ; il a longuement enseigné (1931 - 1967) au Conservatoire de Firenze [Florence] et durant les années 50 et 60, il a fréquemment donné des conférences aux USA et en Europe ; son engagement militant (humanisme de gauche) pour la liberté et contre l'exclusion est constant tout au long de sa vie, d'autant que son épouse est d'ascendance Juive ; en raison d'une santé précaire, ses compositions terminées s'arrêtent en 1972... Premières œuvres significatives (premières pièces d'influences Mahlerienne et Debussyste, avec néo-classicisme madrigaliste, reniées) : "Musica per 3 Pianoforti" (1935, pour pianos). Instrument pratiqué : piano (concertiste). Moderniste-Expressionniste. Luigi Dallapiccola est un compositeur à part dans la Musique Contemporaine, fruit d'un étrange héritage, hybride de la modernité et de l'Italianité post-classique (cantabile, chromatisme), non seulement en raison de ses racines stylistiques (au contraire, il est surtout influencé d'abord par le dodécaphonisme de Schoenberg et Berg, puis par Busoni, et il accompagne la vague sérielle de Darmstadt, selon Webern), mais surtout en raison de son appartenance à la génération antérieure ; ainsi, il utilise des intervalles dissonants, caractéristiques de la musique sérielle (secondes, septièmes, neuvièmes), mais aussi des intervalles consonants (musique modale), avec en résultante un univers original et personnel plutôt séduisant (tonal et atonal), mais d'accès difficile (expressif, centré sur la voix dans la tradition Italienne du bel canto, clair... mais objectif, rationnel, presque distancé, tout en communiquant une forte émotion) ; son langage est un mélange de dodécaphonisme (12 sons sur-employés) et de consonance selon les théories sur l'ultra-tonalité de Ferruccio Busoni... Pièces emblématiques : "Volo di Notte [Vol de Nuit]" (1940, opéra de chambre, en 1 acte, d'après Antoine de Saint-Exupéry, marqué par Berg), "Canti di Prigionia [Chants d’Emprisonnement]" (1941, pour chœur et 5 musiciens, antifasciste, lamentation éthérée contre l'univers carcéral), "Liriche Greche I, II, III" (1944-1947, pour voix et instruments, dodécaphonique, non écouté en concert), "Il Prigioniero [Le Prisonnier]" (1949, opéra de chambre, court et poignant), "Quaderno musicale di Annalibera" (1952, pour piano), "Cinque Canti" (1956, pour baryton et 8 instruments, sérielle et chromatique), "Tartiniana Seconda" (1956, pour violon et piano, revisitation chromatique de l'antique), "Three Questions with two Answers" (1962, pour orchestre), "Ulisse" (1959-1968, opéra, avec un personnage principal en quête d'idéal et qui devient catholique mystique), "Tempus Destruendi - Tempus Aedificandi" (1971, diptyque pour chœur), "Sicut Umbra" (1970, pour mezzo-soprano et ensemble).

 

 

ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)

CRÉATIONTITREANALYSETEMPSVALEURNIVEAU
1941 Canti di Prigionia (chœur, 2 pianos, 2 harpes et percussion) [37 ans] Voix-Cordes-Percussion (2 pianos, 2 harpes, 6 timbales, xylophone, vibraphone, cloches, 3 plats, 3 tam-tams, triangle, petit tambour, caisse claire). Une pièce, lente, scandée, en forme de plainte-lamentation contre la tyrannie de la captivité, éthérée et insistante, philosophiquement et esthétiquement liée à l'autre pièce majeure du compositeur, l'opéra "Il Prigionerio" ; de façon innovante, elle utilise le plain chant pour le chœur, les instruments d'accompagnement sous forme de guirlande, et à plusieurs reprises la citation (réminiscence) d'un thème du chant Grégorien, le "Dies Irae" de la Messe des Morts, comme un symbole (déjà maintes fois repris en musique, par exemple dans la "Symphonie Fantastique" de Berlioz, la "Totentantz" de Liszt, la Rhapsodie sur un Thème de Paganini" de Rachmaninoff) ; trois chants en 3 mouvements sur des textes anciens (Prière de Marie Stuart -durant les dernières années de son emprisonnement-, l'Invocation de Boèce -avec les seules voix de femmes-, l'Adieu de Savonarole, un psaume du moine idéaliste halluciné) qui ont pris naissance comme protestation aux manifestes anti-racial puis anti-sémite de Mussolini de Juillet et Septembre 1938 ; composée en même temps que "Vol de Nuit", la pièce est emblématique du style de maturité du compositeur, alliant dodécaphonisme et diatonisme (une série de 12 sons tonale et atonale) [création complète : 11 Décembre 1941, à Rome (Italie), avec une création partielle -du premier chant- le 10 Avril 1940, à la radio Flamande de Bruxelles]... de la même veine, "Canti di Liberazione" (1951-1955), sur l'incarcération et la libération des Juifs dans les camps Nazis (pointilliste, davantage Webernien). 24 xxx ++++
1949 Il Prigioniero (opéra de chambre) [45 ans] Opéra chambre (petit orchestre, solistes, chœur d'hommes, orgue, des cuivres et un carillon en coulisse, certains instruments étant par moments amplifiés). Une vision noire d'enfer humanitaire, avec une tour géante, tour de Babel de ferrailles qui pivote sur elle-même, d'escaliers en spirale et de barreaux carcéraux ; mais le message, défini par l'espoir comme ultime torture, va au-delà de la cruauté et du cynisme (le prisonnier est à un moment pendu par les pieds) : le prisonnier est doublement pris en otage, d'abord en prison, par son geôlier qui l'appelle son frère («fratello»), lui fait croire que la guerre va finir et que la liberté se trouve enfin à portée d'évasion, puis une fois libre, par le même geôlier, devenu inquisiteur, qui le re-capture et lui offre la mort en offrande ; comme souvent, le compositeur est l'auteur du livret, inspiré d'un des «Contes cruels» de Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889), mais transformé en drame (engagé) de la condition humaine par le choix d'un simple prisonnier anéanti par la machine totalitaire et atténué de son caractère sadique (le compositeur vise la compassion fraternelle entre les hommes) ; la musique est à la fois moderniste (dodécaphonique) et (souvent) tonale, sensuelle et lyrique (influences Verdiennes et Debussystes) ; trois séries fondamentales (d’espoir et de liberté) articulent le discours musical de toute l’ouvrage : la 1ère intervient dès la Scène 1, chantée par le Prisonnier (baryton) avec le désir ardent de recouvrer la foi de son enfance par la prière, la 2ème et la 3ème s’enchaînent pour la première fois dans l’aria du Geôlier (ténor) du début de la Scène 2, annonçant au Prisonnier le soulèvement de la Flandre ; le texte poignant d’humanité est rempli de cris de souffrance, d’élans compatissants, de longs récitatifs plaintifs, prolongés par un tissu sonore riche et chaleureux, aux climats variés et contrastés (le personnage de la mère, avec son rêve en forme de ballade, la chanson des Gueux restent aussi en mémoire) ; une action ramassée, un thème tragique, profondément humain et engagé (l'espérance comme un leurre inaccessible, en réalité entrevu par le compositeur peu après la découverte des camps de la Seconde Guerre mondiale, une musique tendue, d’une intensité jamais relâchée, font de ce drame unique le chef d'œuvre du compositeur [création : concert radio-télévisé le 1er Décembre 1949, à Turin sous la direction de Hermann Scherchen, et en public, en version scénique, 20 Mai 1950, au Teatro Communale de Florence (Italie)]. 52 xxxx +++
1968 Ulisse (opéra) [64 ans] Opéra théâtre (en Français, Ulysse). Apogée du catalogue du compositeur et synthèse emblématique de son style moderniste et fortement expressif (avec orgue), cet opéra poétique plus que théâtral reprend les grands thèmes humanistes de prédilection du compositeur (la lutte de l'homme pour vivre, mais aussi de sa recherche de l'identité, de la solitude) ; comme à l'habitude, le compositeur a écrit lui-même le livret sur un mode sérieux et en quête de compromis, en ré-arrangeant (sans aucune citation littérale) l'antique odyssée d'Homère et sa riche postérité, dont Joyce et Monteverdi, avec ajouts d'autres sources comme Antonio Machado, Thomas Mann ou Friedrich Hölderlin ; mais a contrario de Monteverdi ("Le Retour d'Ulysse dans sa Patrie", 1640), la fin, emblématique, montre Ulysse solitaire, fuyant vers la mer, qui voit les étoiles différemment (pour le libérer de la solitude et de ses doutes sur son identité, mais aussi le rapprocher de la mort) ; le schéma de l'ouvrage des 13 épisodes au total -1 prologue (1 à 3), acte I (4 à 8), acte II (9 à 13)- correspond à une symétrie en arche (par exemple aux extrémités, premier et treizième épisodes, un personnage seul, la femme Calypso et l'homme Ulysse, dans la même scénique, la mer), avec au sommet de la voûte le royaume des Cimmériens (traités en agrégats sonores qui se reflètent en eux-mêmes, comme des miroirs) ; la musique est un festival d'orfèvrerie orchestrale dans le moindre détail et le traitement des voix (y compris dans les arias) est un modèle de réussite pour la scène moderne [création : 29 Septembre 1968, à Berlin (Allemagne)]. 150 xxx +++

 

 

ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours]

légendeNé le 3 Février 1904

M.A.J.-Actus : 2008/07/31.
Mort le 19 Février 1975 ; très peu d'actualités, presque oublié et peu joué en France, à l'exception du court opéra de chambre "Le Prisonnier" à Garnier au Printemps 2008 (réussi)

 

Actualisation de la page : 24-Mars-2010

© Jean Henri Huber, Musique Contemporaine.Info, 2005-2010 Pour retourner à la page d'accueil: Bienvenue !
Retour Haut de page