| SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUE | STYLE MUSICAL |
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| Henri Dutilleux [1916, France (Angers) - ] est issue d'une famille artistique (le grand-père maternel est directeur du Conservatoire de Roubaix) ; il suit le cursus classique du compositeur en France (Conservatoire de Paris), dès 1933, avec comme professeurs Noël Gallon (contrepoint et fugue), Philippe Gaubert (direction d'orchestre) et Henri Büsser (composition), avant d'obtenir le Grand Prix de Rome en 1938 pour un séjour à la villa Medicis (sans suite, à cause de la guerre) ; au lieu de centrer sa vie sur la composition, il s'oriente, au sortir de la 2ème Guerre Mondiale, vers les médias en intégrant la Radio Nationale (devenue RTF) comme Directeur du Service des illustrations musicales (jusqu'en 1963) ; le succès public de ses premières créations aidant, il se consacre à la composition, parallèlement à son enseignement, notamment au Conservatoire national de Paris (de 1970 à sa retraite en 1971), mais aussi ponctuellement à l'étranger (Tanglewood aux USA, Japon)... Première œuvre significative : Symphonie n°1 (1951, une œuvre attractive, mais encore peu personnelle, datée). Instrument pratiqué : piano (son épouse depuis 1946, Geneviève Joy -décédée en Novembre 2009-, est concertiste). | Progressiste-Coloriste. Henri Dutilleux est un compositeur important, et surtout un symphoniste reconnu, qui jouit d'un grand succès public (y compris à l'étranger), car sa musique est accessible et d'une couleur unique (avec une touche de modernité) ; il accapare tous les styles tonaux pour leur donner une vérité propre et comme voilée (il utilise souvent la note polaire pour accentuer son chromatisme par focalisation, puis échappement) et son langage plutôt modal et romantique est profondément teinté par la nuit et par l'énigme, le mystère, qui se résout progressivement (les clés ne sont pas bien cachées, pour procurer à l'auditeur un plaisir rapide) ; sa musique est authentiquement séduisante (et voulue comme telle), comme le personnage (policé), avec à la fois des dissonances brusques à doses filées (pas de rupture avec la tradition), des séquences colorées soulignées (par un instrument étincelant, par exemple, un triangle, un violon suraigu), des rythmes modernes (sans être provocateurs, post-Stravinskiens et post-Bartokiens) ; objectivement ses créations récentes, après le Concerto pour violon "Arbre des Songes" (1985), semblent moins convaincantes (sans renouvellement), même si le public acclame… Pièces emblématiques (sur un catalogue total limité, assez cohérent, d'environ 20) : Symphonie n°2 "Le Double" (1959, plutôt un double concerto grosso avec 2 groupes instrumentaux distincts), "Métaboles" (1965, pour orchestre), Concerto pour violoncelle "Tout un Monde lointain" (1970), "Trois Strophes sur le nom de Sacher" (1976, pour violoncelle), Quatuor "Ainsi la Nuit" (1977), "Timbres, Espace, Mouvement ou La Nuit étoilée" (1978, pour orchestre). |
ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)| CRÉATION | TITRE | ANALYSE | TEMPS | VALEUR | NIVEAU | | 1965 | Métaboles (grand orchestre) [49 ans] | Grand Orchestre. Une œuvre équivalente à un concerto pour grand orchestre (les bois et les cuivres par 4), privilégiant, et mettant en valeur successivement, les bois, les cordes, les percussions, les cuivres, et l'ensemble complet (et le matériau évolue aussi avec progressivité), avec une grande souplesse (fluidité) rythmique et mélodique, qui s'appuie sur une instrumentation raffinée ; 5 courtes parties sans intermède : la 1ère, "Incantatoire", adopte la forme du rondo et répéte plusieurs fois (ostinatos au début, mais sans insistance) un bref motif ; la 2ème, "Linéaire", est plus polyphonique (division des cordes en 14 parties réelles, comme Bartok) dans une ambiance d'errance vague ; la 3ème, "Obsessionnel", est une passacaille rapide avec un motif obstiné ; la 4ème, "Torpide", construite sur un accord unique, renonce à toute mélodie ; la 5ème, "Flamboyant", plus dynamique (tout en étant solidement tenue) et avec une coda éclatante (impact fracassant des dernières mesures), s'apparente à une cérémonie, avec sa part de mystère et de magie ; une œuvre d'une maîtrise et d'une concision exemplaires dont le titre évoque justement l'idée de métamorphose [création publique : 14 Janvier 1965, à Cleveland (USA)]. | 16 | xxx | +++ |
| 1970 | Tout un Monde Lointain (concerto pour violoncelle et orchestre) [54 ans] | Violoncelle non concertant. Une œuvre caractéristique de la maturité de Dutilleux dans laquelle les couleurs nocturnes (alliages sombres des cordes et des vents ou percussions métalliques) dominent et où le rôle de l'orchestre se limite à tisser un écrin au soliste (sans conflit traditionnel), qui est rapidement entré au répertoire grâce à son dédicataire Mstislav Rostropovitch ; il y a une part de pittoresque qui rend la pièce séduisante (avec un début original d'appels brefs du violoncelle solo, ensuite contrastés par les percussions) et un allant sinueux comme un rêve ambulatoire, même si le langage est moins hardi qu'il n'y paraît ; cette double exploration du son et de mouvement allant crée un artifice pour l'auditeur (qui a l'impression de notes supplémentaires, non écrites, dans des intervalles oniriques) ; la pièce comporte 5 mouvements distincts chacun titré d'après les Fleurs du Mal d'Arthur Rimbaud (le 1er, "Enigme", mystérieux, autour du violoncelle interrogatif avec pizzicati, le 2ème, "Regard", avec un ostinato mélodique, le 3ème, "Houles", en voyage, le 4ème, "Miroirs" en dualité, le 5ème, "Hymne" en dérive réveuse ; Extrait-Vidéo [création : 25 Juillet 1970, au festival d'Aix-en-Provence (France), par Mstislav Rostropovitch]. | 28 | xxx | ++++ |
| 1976 | Trois Strophes sur le Nom de Sacher (violoncelle) [60 ans] | Violoncelle. Une œuvre acquise au répertoire de l'instrument par son dialogue entre les sons tirés et frottés dans une ambiance nocturne ; à la pièce unique de la création, en hommage aux 70 ans de Paul Sacher, le mécène Suisse de la Musique Contemporaine, ont été adjointes 2 prolongements ; pour l'anecdote : à la fin de la première strophe, est brièvement citée la Musique pour cordes, percussion et célesta, de Bartók [création : 2 Mai 1976 à Zürich]. | 9 | xxx | ++++ |
| 1977 | Quatuor Ainsi la Nuit (2 violons, alto, violoncelle) [61 ans] | Quatuor-Cordes. Une œuvre d'une grande beauté, faite de 7 sections brèves, souvent reliées par des parenthèses de coordination (avant, après) ; l"ensemble est plutôt contemplatif, mais pas ou faussement statique; à l'interprétation, la pièce peut être connotée par le nocturne, comme le veut le titre (et alors, elle est picturale) ou bien par la polyphonie (et alors, elle prend une dimension universelle); à noter que la fin juxtapose des courts motifs allusifs qui pourraient paraître d'une grande banalité, mais qui ressortent comme un écheveau où l'écoute littéralement erre : c'est la magie de la composition (et la valeur de l'œuvre qui résiste remarquablement au temps) [création : 6 Janvier 1977, à Paris]. | 17 | xxxx | ++++ |
| 1978 | Timbres, Espace, Mouvement (grand orchestre) [62 ans] | Grand Orchestre. Une œuvre d'une belle poésie hypnotique (d'après la peinture de Vincent van Gogh, La Nuit étoilée) ; l'espace de l'orchestre paraît s'agrandir par le dialogue des pupitres étagés et la couleur du timbre est déplacé vers les graves par la prépondérance des violoncelles (sans aucune corde plus aiguë) placés autour du chef [création : 10 Janvier 1978, à Washington D.C. (USA)]. | 15 | xxx | +++ |
ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours] | Né le 22 Janvier 1916
M.A.J.-Actus : 2009/05/07. | Création de la version "Le Temps l'Horloge" le 7 Mai 2009 par Renée Fleming et Seiji Ozawa à Paris (acclamé, public debout, officiel), pour voix et orchestre ; beaucoup joué pour ses 90 ans (en 2006), notamment son quatuor "Ainsi la nuit" ; sa dernière œuvre "Correspondances" relève de faiblesses, bien compréhensibles vu son grand âge ; ses amis devraient créer un site Internet |
Actualisation de la page : 05-Juin-2010 |