| SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUE | STYLE MUSICAL |
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| Morton (Morty) Feldman [1926, USA (New York) - 1987, USA (Buffalo, la ville des chutes du Niagara, New York), décédé à 61 ans, prématurément d'un cancer] est une voix originale, loin de tout système, dans le paysage Américain marqué par le Minimalisme et la Pop : il étudie le piano avec Vera Maurina-Press, amie de Scriabine et disciple de Busoni, puis le dodécaphonisme avec Wallingford Riegger en 1941 (avec une forte influence de Webern, dans sa dimension du silence, de l'effacement, du ténu) et la composition avec Stefan Wolpe en 1944 (il est aussi marqué par la figure d'Edgard Varèse qu'il rencontre quasi chaque semaine dans sa jeunesse) ; esprit non conformiste, instinctif, profondément original, il est un témoin des arts de son temps au sens large (y compris théâtre, peinture, philosophie) : il n'a ainsi revendiqué sa filiation Juive qu'en 1971 ; proche artistiquement de John Cage (avec Christian Wolff et Earl Brown, pour la dénommée «École de New-York»), il rencontre par son intermédiaire plusieurs figures importantes de la scène artistique de la «pomme», parmi lesquelles Jackson Pollock, Philip Guston, Frank O'Hara et Samuel Beckett et il commence à composer par des études d'œuvres ouvertes (1950, Projections N°1, avec délégation des hauteurs au violoncelliste, ce qui historiquement en ferait leur créateur, et pas John Cage) ; il se distingue d'abord, en 1951, par l'emploi de partitions graphiques («graph notation») qu'il avait inventée et expérimentée, où les hauteurs ne sont plus fixes, laissant une grande liberté d'interprétation, mais dont il s'émancipe peu à peu entre 1953 et 1958 et qu'il abandonne définitivement en 1967, conservant seulement sa dimension indéterminée ; à partir de 1973, il poursuit parallèlement des fonctions d'enseignement (New York/Buffalo, Darmstadt/Berlin) ; à noter, de façon surprenante compte tenu de la complexité réelle de ses compositions, que le compositeur n'écrit pas les partitions au crayon, mais à la plume comme un jet d'inspiration (immédiatement interrompu et repris plus tard, en cas de raturage) ; très myope, bon vivant (en surpoids notoire), fumeur invétéré, instinctif, sensuel, le personnage reste secret, hors système, maniant l'ellipse voire l'énigme dans les échanges ; il s'est marié à la cantatrice Barbara Monk. Site Internet spécialisé (en Anglais) : www.cnvill.net/mfhome.htm... Première œuvre significative : "Intersection I" et "Marginal Intersection" (1951, œuvres ouvertes pour grand orchestre). Instrument pratiqué : piano. | Moderniste-Indépendant. Morton Feldman est un compositeur à part, indépendant des courants (assez ésotérique, ré-itérative), auteur de musiques essentiellement intuitives (dont la construction savante n'apparaît pas immédiatement et dont l'apparente simplicité d'écriture paradoxalement ne se retrouve pas à l'écoute, plutôt complexe), physiquement sensuelles (presque fauves, viscérales) et toujours dépaysantes ; sa musique est comme suspendue, énigmatique, elliptique (avec un rapport sensitif entre les sons -qui apparaissent et disparaissent sans évènement-, avec la recherche constante de sonorités nouvelles par mariage d'instruments inattendus, et moins de contrastes de valeur forte-piano) ; il compose des œuvres denses, indéterminées entre 1951 et 1958, et à partir de 1973, (très) longues, lentes, oniriques et méditatives (jusqu'à l'obsession), itératives, par exemple son 2ème Quatuor à cordes qui dure de 3 à 6 heures (1983) ; son utilisation de la répétition n'a rien à voir avec le mouvement Minimaliste (ou la recherche de la mémorisation), tout en pulsion dynamique prévisible, mais se rapprocherait un peu de Messiaen par la grande variété subtile d'accompagnement, par les rythmes asynchrones (mais l'insistance du Français est très différente), et par l'imprévisible cheminement (les changements toujours inattendus) ; son style tardif, mésestimé en France, requiert une immersion totale, contemplative, et une écoute hypnotique et exigeante (mais pas l'abandon)… Pièces emblématiques : "Durations I - V" (1960-1961, pour divers ensembles de chambre), "The Viola in my Life I, II, III, IV" (1970, pour alto et 5 instruments, 6 instruments, piano, ou orchestre, respectivement, un monument), "The Rothko Chapel" (1971, pour soprano, voix d'alto, chœur et 3 instruments), "Cello and Orchestra" (1973, concerto pour violoncelle), "Neither" (1977, lied pour orchestre sur un texte original de Beckett), Quatuor n°1 (1979, de 100 minutes), "Triadic Memories" (piano, 1981, la plus longue partition pour cet instrument seul), "Three Voices" (1982, pour soprano et bande, ou 3 sopranos, non écouté), Quatuor n°2 (1983, le plus long quatuor à cordes de l'histoire de la musique), "For Philip Guston" (1984, pour flûte, piano et percussions, non écouté, plus de 4 heures), "Palais de Maris" (1986, pour piano, seulement 20 minutes), "For Samuel Beckett" (1987, pour orchestre de chambre). |
ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)| CRÉATION | TITRE | ANALYSE | TEMPS | VALEUR | NIVEAU | | 1960 | Durations I - V (groupes variés de chambre) [34 ans] | Piano-Cordes-Percussion. Dans ces pièces homogènes, chaque instrumentiste vit, de bout en bout, sa propre partition individuelle, dans son propre monde sonore individuel (sans rythme, sans mesure, sans coordination, sans tempo pré-établis) pour un résultat sonore, bien sûr aléatoire, mais surtout d'une grande complexité (et extatique) ; même si la ressemblance visuelle des 5 partitions est réelle, ce n'est qu'illusion, car le choix insolite des combinaisons d'instruments crée une grande variété de timbres (violon, tuba et piano pour Duration III ; violon, violoncelle et vibraphone pour Duration IV ; cor, piano/célesta, vibraphone, harpe, violon, violoncelle pour Durations V) [créations : I, 16 Avril 1961, à New York (USA); II, 25 Mars 1960, à New York (USA); III, 26 Mars 1961, à New York (USA); IV, 23 Mai 1961, à New York (USA); V, 3 Août 1961, Théâtre La Comédie Canadienne, à Montréal (Canada)]. | 40 | xxx | +++ |
| 1977 | Neither (soprano et grand orchestre) [51 ans] | Voix-Orchestre. Commençons par casser la typologie : la pièce de Feldman intitulée opéra en un acte n'a strictement rien à voir avec un opéra, même pas avec un opéra de chambre ; le titre est un pied de nez nihiliste du compositeur, pour se mettre en harmonie philosophique avec l'auteur du pseudo-livret, Samuel Beckett (si le 20ème siècle a créé le concept d'«opéra de poche», c'est ici de «livret de poche» dont il est question: 10 lignes -soit en tout 86 mots !-, dépourvues de la moindre ponctuation, mais pourvues d'une grande poésie allusive) ; une soprano (colorature) solaire, placée tout en haut avec les percussions, chantant une prosodie monosyllabique, presque constamment dans le suraigu, souvent sur une même note ou autour d'une même note, davantage incantation que mélodie ; la pièce révèle son magnétisme, son émotion onirique, son labyrinthe de mirages, ses belles répétitions (subtilement altérées, en micro-intervalles et infimes variations... mais rien à voir avec les minimalistes... on perd la notion du temps, de la durée, quasi hypnotisé), ses textures recherchées et raffinées (timbres rares, par groupes de pupitres limités), ses percussions non rythmiques (comme statiques), son dépouillement absolu (mais coloré), sa progression lente jusqu'aux 5 dernières minutes d'apothéose finale [création : 10 Juin 1977, à Rome (Italie), et création Française : 22 Septembre 2007, Cité de la Musique, Paris] | 60 | xxxx | ++++ |
ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours] | Né le 12 Janvier 1926
M.A.J.-Actus : 2009/01/10. | Mort le 3 Septembre 1987 ; reprise de "For Aaron Copland" pour violon seul, le 30 Novembre 2009, au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris ; création (réussie) en France, à Paris, le 22 Septembre 2007 de "Neither", pseudo-opéra ; site Internet par un fan Anglais |
Actualisation de la page : 23-Janvier-2010 |