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* OLIVIER MESSIAEN (1908 - 1992), France

SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUESTYLE MUSICAL
Olivier Messiaen [1908, France (Avignon) - 1992, France (Clichy, près Paris), décédé à 83 ans] (prononcer «méssian») suit le cursus classique du Conservatoire de Paris (contrepoint et fugue, accompagnement au piano, orgue et improvisation, histoire de la musique, composition instrument) ; en 1936, découvrant l'originalité de la musique d'André Jolivet, il fonde avec lui, Yves Baudrier et Jean-Yves Daniel-Lesur, le groupe «Jeune France», pour promouvoir la musique nouvelle (interrompu par la Guerre : il est prisonnier de guerre à Görlitz de 1940 à 1942) ; dès 1947, il devient professeur au Conservatoire de Paris d'une classe d'analyse et d'esthétique musicale, créée spécialement, fréquentée par toute l'avant-garde Européenne (Pierre Boulez, Iannis Xenakis, Pierre Henry, Karlheinz Stockhausen, Jean Barraqué, pour leurs débuts, souvent en tant qu'auditeurs libres...) dont il est un porte drapeau (la création des "Trois petites Liturgies" en 1945 est un scandale) ; après une panne créatrice à la fin des années 50, il approfondit et stabilise son style musical (chants d'oiseaux, religiosité) et s'engage résolument dans l'enseignement (notamment analyse et harmonie), jusqu'à sa retraite (1978) ; une dimension incontournable de l'homme est sa foi et son mysticisme, tout en sachant que par volonté (et aussi par méfiance et par incapacité d'assumer ses lourdes contradictions et un sens du caché), il a voulu accumulé les mystères (sur son personnage, sa jeunesse, ses valeurs autres que conformistes), les postures (paradigmatiques, y compris institutionnelles ou vestimentaires) ; une donnée importante est enfin l'influence déterminante de son épouse pianiste, Yvonne Loriod, sur sa création. Site Internet (par ses amis de La Meige) : http://www.festival-messiaen.com... Première œuvre significative : "Poème pour Mi" (1936, comprendre : pour ma Mie, orchestrée en 1937), précédée de pièces pour orgue. Instruments pratiqués : orgue, piano, ondes Martenot. Moderniste-Modal. Olivier Messiaen est un des 10 compositeurs majeurs de la Musique Contemporaine : il se passionne pour le plain-chant, les rythmes de l'Inde (dits non rétrogradables) et surtout pour les chants des oiseaux dont il entreprend la notation et le classement méthodique (mais sans être ornithologue, comme certains le voudraient : ses identifications se sont révélées souvent erronées, ce qui n'a aucune importance artistique) ; son langage musical est unique (quasiment dès les débuts), cohérent et fondé sur la couleur (harmoniste), sur la modalité (au-delà de Debussy et Moussorgski), et sur la répétition de petites cellules rythmiques ; il n'a pas été concerné fortement par la Musique Sérielle (une seule œuvre, plutôt théorique, mais très intéressante : "Mode de valeurs et d'intensités", extraite des "Quatre Études de Rythme" de 1950 pour piano solo, comme écho pédagogique aux préoccupations de son élève Pierre Boulez, et selon les spécialistes, à raison au moins à l'écoute, plus modale que sérielle) ; beaucoup des œuvres de Messiaen sont longues (autour d'une heure), ce qui avec leurs répétitions ont engagé ses détracteurs à le taxer de répétitif sans créativité (copies des chants d'oiseaux, automatismes) : ses interprètes récents ont pu montré que la couleur peut éclairer de manière changeante ces pseudo-répétitions, même s'il est vrai que son inspiration débridée du temps de la "Turangalîlâ Symphonie" et du "Quatuor pour la Fin du temps" s'est assagie en s'approfondissant (ces 2 œuvres peuvent aussi être vues comme des parenthèses, dans un processus cohérent, moins révolutionnaire) ; la musique de Messiaen est celle de l'instant, de la certitude motrice, presque décousue, en tout cas dont la construction ne saute pas aux oreilles, par bouts juxtaposés, et aussi, de la célébration (aussi bien grandiloquente qu'intime)... Pièces emblématiques : "Quatuor pour La Fin du Temps" (1941, 1945), "Trois petites Liturgies de la Présence divine" (1945, piano et orchestre, utilisant pour la première fois les rythmes non rétrogradables), "Vingt Regards sur l'Enfant Jésus" (1944, pour piano), "Turangalîlâ" Symphonie (1946-1949, pour très grand orchestre), "Livre d'Orgue" (1951, pour orgue), "Oiseaux exotiques" (1956, pour ensemble), "Catalogue d'Oiseaux" (1958, pour piano), "Chronochromie" (1960, pour orchestre), "Sept Haïkaï" (1963, pour piano et petit orchestre, d'influence Japonaise), "Et Expecto Resurrectionem Mortuorum" (1964, pour bois, cuivres et percussions métalliques), "Des Canyons aux Étoiles" (1974, pour orchestre, cosmique), "Saint-François d'Assise" (1983, Oratorio, dernier chef d'œuvre), "Éclairs sur l'Au-Delà" (1991, pour orchestre, très accessible, moins essentielle).

 

 

ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)

CRÉATIONTITREANALYSETEMPSVALEURNIVEAU
1941 Quatuor pour La Fin du Temps (piano, violon, violoncelle, clarinette) [33 ans] Quatuor-Clarinette. Historiquement, la première œuvre cataloguée ici, et au-delà du symbole -elle a été créée le 15 Janvier 1941 à Görlitz, en Silésie, par une soirée glaciale, dans un camp de prisonniers Nazi, avec les instruments cassés et les musiciens disponibles sur place (révisée pour l'édition en 1942 et en 1945)- elle correspond à une nouvelle manière de Messiaen (marqué par le kaléidoscope et le rythme, comme la Turangalîlâ), certes différente de ses premières œuvres influencées par Debussy, et plus personnelle, avec les 2 spécificités de sa musique (durée et couleur) ; une œuvre contemplative en 8 mouvements (comme toujours chez Messiaen, leurs titres sont de dimension religieuse, mais leurs contenus en sont éloignés) qui a donné lieu à des interprétations différentes, depuis le rêve jusqu'à l'exhortation, en passant par une vision jazzy et hanchée ; à noter, une originalité pour l'époque, les instrumentistes jouent soit en solo, en duo, en trio ou en quatuor, selon les mouvements (mais l'explication est simple : le choix des instruments est dû aux circonstances, la décision des composants de chaque mouvement correspond à diverses ébauches en fonction des rencontres successives au hasard des 3 autres musiciens) ; Extrait-Vidéo [création publique (libre) : 24 Juin 1941, au théâtre des Mathurins, à Paris (France)]. 50 xxxx +++++
1944 Vingt Regards sur l'Enfant Jésus (piano) [36 ans] Piano. Un monument de la Musique Contemporaine, tant par sa longueur que par son pouvoir émotionnel avec un titre religieux mais un contenu profane, souvent scandé aux couleurs sombres (l'autre œuvre parallèle, pour 2 pianos, les Visions de l'Amen, est moins envoûtante), avec une assimilation de l'apport de Varèse ; 20 petites pièces avec des ambiances très différentes (de très calme à furieux et véloce), avec (déjà) de nombreuses répétitions de thèmes (celui de Dieu parcourt l'ensemble, comme l'unifiant) ; à l'origine, le projet veut illustrer des peintures intitulées "12 Regards", illustrant la Nativité par Maurice Toesca [création : 26 Mars 1945, à la salle Gaveau à Paris (France), par Yvonne Loriod]. 126 xxxxx ++++
1946 Turangalîlâ Symphonie (grand orchestre) [38 ans] Grand Orchestre. La première symphonie moderne, un monument (en 10 mouvements pour piano, ondes Martenot, solistes, avec 4 thèmes récurrents), parfois grandiloquent ou surchargé, coloré, d'une inventivité exceptionnelle, avec des couleurs orchestrales innovantes pour l'époque. Incontournable, même si la première audition est toujours mitigée en raison de son caractère kaléidoscopique, sans logique interne, comme une gigantesque coulée de lave avec des poussées telluriques [création : 2 Décembre 1949, à Boston (USA), par Léonard Bernstein, version légèrement révisée : 1990]. 80 xxxxx ++++
1950 Quatre Études de Rythme (piano) [42 ans] Piano-Etudes. Quatre courtes pièces, sachant que le manifeste de la musique sérielle du pédagogue envers ses élèves, sans aridité est la seconde "mode de valeurs et d'intensité" : une œuvre moins difficile que les autres de cette période, magistrale (notes tombées en ostinato), mais qui n'a pas la force du sérialisme intégral (temps et hauteurs, en plus de la série des 12 sons), et apparaît à l'écoute renouvelée davantage modale ; la première, virtuose, intitulée Iles de Feu I, est typique du premier Messiaen ("Vingt Regards"), avec une pseudo-fugue ; la troisième est énigmatique (avec de nombreuses répétitions et un jeu de résonance) ; la quatrième et dernière, intitulée Iles de Feu II, revient au style flamboyant de la première en bouclant le cycle [création : 6 Novembre 1950, à l'Alliance Française de Tunis (Tunisie), par Olivier Messiaen] 18 xxx +++
1960 Chronochromie (orchestre) [52 ans] Grand Orchestre. La première œuvre de Messiaen dans sa recherche de la couleur orchestrale et, un temps, le porte drapeau de la Musique Spectrale : par rapport aux pièces de la période précédente, quasi-abandon des harmonies modales et apparition de rythmes plus saccadés (la filiation Boulez-Messiaen, soit en sens réciproque, est ici patente). La création par Hans Rosbaud à Donaueschingen a suscité un scandale mémorable : dans cette œuvre, et dès son titre, Messiaen associe les éléments temporel et sonore, suivant un principe de séries et de permutations et y commence un processus de «décomposition du temps» dont la structure, en «strophes» et «antistrophes», reprend le modèle des tragédies Grecques ; une partition brillante en 7 courtes parties, avec pas moins 18 mélodies enchevêtrées [création : 16 Octobre 1960, à Donaueschingen (Allemagne)]. 24 xxxx ++
1964 Et Exspecto Resurrectionem Mortuorum (orchestre) [56 ans] Petit Orchestre. Une œuvre [Et J'attends la Résurrection des Morts] d'une grande portée mystique aux couleurs sombres et métalliques (orchestre sans corde, seulement des vents et des percussions) pour commémorer les victimes des 2 Guerres Mondiales ; en 5 mouvements (plutôt foisonnants), d'abord un thème profond, avec 6 cors en exergue, puis, une mélodie issue d'un decîtâla Indien, ensuite, un thème au chant d'oiseau Amazonien, puis une synthèse des thèmes antérieurs en Gloria, et enfin, un tutti de l'orchestre avec percussions des gongs, énorme et simple [création publique : 20 Juin 1965, Cathédrale de Chartres (France), en présence du Général de Gaulle et du Ministre de la Culture, André Malraux, après une commande de l'État, ce qui a collé une image de musicien officiel au compositeur)]. 33 xxx +++++
1974 Des Canyons aux Étoiles (orchestre) [66 ans] Petit Orchestre. Une très belle œuvre (longue : 12 mouvements-tableaux, encore plus longue que la Turangalîlâ Symphonie ; 43 musiciens dont 4 instruments solistes : piano, cor, xylorimba, glockenspiel) à la fois mystique et cosmique qui démontre le savoir-faire acquis en matière d'orchestration des grandes masses ; la pièce invite clairement au voyage : d'abord dans le désert (réflexion paisible, isolement), puis dans le cosmos (immensité, contemplation), et dans le Brice Canyon Nord-Américain (splendeur, majesté), et enfin aux abords observationnels de l'étoile d'Aldébaran (transparence, lumière) avant de revenir à la terre, à Hawai (superbe et dionysiaque partition d'orchestre) et au canyon de Zion Park (dans le sens de merveille du monde, sous la forme d'un choral d'orchestre avec piano concertant), avec, entre chaque station, des intermèdes contrastant, faits de chants d'oiseaux (le second étant un long et superbe solo de piano, le troisième pour cor solo angoissé, le quatrième un autre solo de piano) ; pour l'anecdote, l'œuvre est une commande d'une mécène Américaine pour célébrer le bicentenaire des USA (d'où le choix des canyons de l'Utah) [création: 20 Novembre 1974, à New York (USA)]. 103 xxxx ++++
1983 Saint François d'Assise (opéra oratorio) [75 ans] Opératorio. La seule œuvre dramatique de Messiaen, davantage un oratorio qu'un opéra avec casta diva et trame théâtrale, une exceptionnelle réussite par la musique (le prêche aux oiseaux est une pièce pour orchestre seul qui dure plus de trente minutes, à ne pas manquer) plus que par le traitement des voix ; la création a été trop marquée par une volonté de religiosité inaboutie du compositeur et par un statisme de la mise en scène, les séries suivantes, bien meilleures, ont été des succès marqués par l'humanisme, le drame intérieur, la solitude et la fragilité du moine François ; plus que des détails biographiques, il s'agit d'une suite de 8 épisodes stylisés, chacun caractéristique de la vie du Saint (comme dans les illustrations de la cathédrale d'Assise, en Italie, construite près du lieu de naissance de François) ; un must à la fois exhubérant et ascétique (aussi, en DVD) [création : 28 Novembre 1983, Opéra Garnier, à Paris (France)]. 250 xxxxx +++

 

 

ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours]

légendeNé le 10 Décembre 1908

M.A.J.-Actus : 2010/05/30.
Mort le 27 Avril 1992 ; beaucoup joué en France pour le centenaire de sa naissance en 2008, sinon joué régulièrement, y compris son opératorio ; un festival d'été lui ait dédié chaque année, à La Meije, dans les Alpes, le 13ème, du 31 Juillet au 8 Août 2010

 

Actualisation de la page : 30-Mai-2010

© Jean Henri Huber, Musique Contemporaine.Info, 2005-2010 Pour retourner à la page d'accueil: Bienvenue !
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