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Le compositeur Mauricio Kagel, un autodidacte
indépendant, est mort à Cologne, en Allemagne, à 76 ans. Il reste une
figure à part de la Musique Contemporaine, dès son arrivée en Europe (en
1957, déjà à Cologne, près des studios de Stockhausen, même s'il a
peu abordé la musique électronique) : on retient toutes ses approches de
déstructuration-dénaturation de la musique, que ce soit en lui ajoutant
une dimension nouvelle, par exemple l'invention théâtrale (c'est le théâtre
instrumental, encore appelé théâtre musical -en Allemand, «Hörspiel»,
si pour la Radio-, musique mis en
scène, où les instrumentistes jouent un rôle, en plus de la partition),
ou que ce soit en lui conférant une dimension parodique, par exemple des
grands compositeurs du passé (pastiches de Bach, Beethoven...), ou enfin que ce soit en introduisant une
dimension de bricolage (avec son panthéon d'instruments introuvables
comme des tuyaux d'arrosage, des soudeurs à gaz, des pots de chambre, ou
traditionnels traficotés, ou exotiques-ethniques). Et comme pour toutes
les personnalités hors norme, on se focalise sur son côté atypique
(«humoriste», «sans se prendre au sérieux», «rire d'abord et réfléchir
ensuite»), son rejet des conventions, son sens de la dérision... et
c'est sans doute à tort. Sa meilleure musique ne se trouve pas dans ses
pièces les plus provocantes, mais dans ses pièces pour petites
formations (du quatuor au petit orchestre) au contenu sérieux et savant
(1er quatuor, "Acoustica", Exotica", "Heterophonie",
"Diaphonies", voire "Rrrrrrr..." malgré le titre), ou
alors dans les épisodes approfondis de ses pièces iconoclastes.
La dernière discussion -argumentée (!)- avec lui, remonte à Juin 2007,
pour la reprise de sa belle et innovante pièce "Exotica" lors
du festival Agora, au musée des Arts Premiers, quai Branly à Paris : à
75 ans, il est toujours incisif (mais pas corrosif, ni subversif), sensé
et contrairement à l'image colportée (et en partie assumée par lui, par
son comportement provocateur ou son tropisme clownesque), terriblement
sérieux, voire grave, et aussi curieux, accrocheur-débateur (un adepte
de la pensée latérale), profondément humain et honnête (mais plein de contradictions,
y compris dans sa perception de la maturité!), avec une incroyable
imagination d'expérimentateur et un rare syncrétisme artistique (avec
une touche néo-romantique).
Souhaitons que sa postérité ne le range pas dans la case «trublion
farceur», car pour sûr, elle ferait long feu et ne satisferait que des
cénacles spécialisés... mais plutôt dans une case instable, multiple,
aventureuse, dans laquelle la musique, inventive, va plus loin (surtout à
ses débuts), à une de
ses limites, avec comme disciples (non convertis!), Monnet ou Lachenmann,
et n'en doutons pas, d'autres à venir.
Jean Huber, le 20 Septembre 2008
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