Photo: ©Théâtre du Châtelet |
La création Parisienne de l'opéra de chambre "Faustus,
the last Night" de Pascal Dusapin, le 15 Novembre 2006, soulève des
questions
propres au genre de l'opéra de chambre, caractérisé par des moyens réduits (effectifs de
musiciens, nombre de chanteurs, décors), et par une durée
limitée (ici 75 minutes), sans histoire racontée, par rapport à l'opéra
traditionnel.
L'opéra, globalement, est une alchimie difficile de l'art de la musique,
du chant, du décor théâtral, de la mise en scène, du texte, pour ne
citer que les dimensions les plus importantes. Le Faustus revendique
plusieurs intentions (objectifs) : pas d'histoire (=trame romanesque),
mais texte philosophique avec une diction compréhensible, tout en ayant
une mise en scène active.
Tout se passe donc sur un plateau d'horloge unique (avec quelques
péripéties évidentes, mais plutôt intéressantes) et le texte, même
en Anglais, donne à réfléchir.
Le problème? Avec l'œil capté par les péripéties liées à
l'horloge (et notamment leur attente dans un ensemble plutôt figé) et
l'oreille captée par la compréhension, pas immédiate, du texte
philosophique (et de ses messages sur le temps qui passe, sur
l'existence humaine et sur Dieu et le diable anthropomorphiques), que reste-t-il de la
musique?
Dans l'attente d'une version concert...
Jean Huber, 27 Janvier 2007
Addendum (Février 2008 : visionnage du DVD) : fait rarissime dans
la musique contemporaine, le DVD de la création à Lyon a été rendu
disponible rapidement et il permet de répondre aux interrogations
ci-dessus ; la première écoute les yeux fermés met en évidence une
musique au style typique, présent, de Dusapin, caractérisée par de
long passages fusionnels, coupés par des fractures brutales ;
cependant, elle apparaît un peu moins inspirée, moins aventureuse, plutôt illustrative de
l'action, des situations ; les images souvent en gros plans des visages
et du décor de l'horloge rendent la mise en scène plus banale,
et surtout moins captivante que dans le cadre d'un théâtre (spectateur
forcément plus éloigné), ce qui laisse plus de temps pour
l'appréciation du texte, malheureusement sans résultat probant (tant
il est ésotérique, hermétique, trop ambitieux). Un autre écueil de cet opéra est le
choix de 3 des 4 voix masculines proches par la tessiture, ce qui ne
contribue pas au relief et crée quelques confusions... Au total,
Dusapin réussit un spectacle original, total au sens de complet et
ambitieux pour le texte, la musique, la mise en scène, plus
intellectuel qu'émotionnel
|