|
Rendez-vous annuel incontournable de la création
contemporaine, le Festival Présences a offert une place privilégiée au jeune compositeur Anglais
de 36 ans, Thomas Adès (Progressiste-Synthétique)... un pari réussi.
Thomas Adès est, en plus de compositeur, un instrumentiste
de grande classe [piano (concertiste), timbales (et autres percussions)], un chef d’orchestre
pertinent et aussi, depuis 1999, le directeur artistique du festival d’Aldeburgh (créé par Britten pour l'opéra) ; l'homme est incontestablement passionné (intérieurement : son visage anguleux est incroyablement mobile, en jouant), inventif avec une dose de provocation (sa mère est une experte du surréalisme) et aussi d'humour...
Fait exceptionnel : quasiment toutes ses partitions sont publiées (et par
l'éditeur Faber Music), signe de son importance jugée par d'autres
professionnels.
Après écoute au concert de plus de 20 de ses partitions, Thomas Adès
apparaît bien comme un compositeur prometteur (original, touche-à-tout en terme de genres, et prolifique), de la nouvelle génération sans complexe (retour assumé à la tonalité, emprunts de styles passés, large accessibilité)...
caméléon pour ses sources historiques, et homogène pour ses outils stylistiques ; sa musique (typiquement Anglaise : sans ossature ou
logique apparente) est savante, sur-expressive, plutôt éclatée, mariant souvent des pupitres par blocs alternés, avec des procédés d'écriture actuels (avec batterie Rock et instruments «préparés», mais pas d'électronique) qui permettent un enrichissement de la palette instrumentale et sonore (par juxtaposition des sons très opposés,
paradoxaux, hyper-aigus aériens et sur-graves étirés), elle emprunte au jazz, aux rythmes Pop, à
Stravinsky et à ses compatriotes (de Dowland à Britten et Tippett), voire à Brahms, Weill ou
Rachmaninov (...), elle associe des contraires comme la fantaisie et la nostalgie, la rêverie et la violence, l’éclat et le mystère…
Déjà programmé à Présences 2002, "Asyla" (1997, grand orchestre, ma 3ème
audition en concert), est une
grande réussite, ainsi que ses pièces pour piano solo comme "Traced overhead"
(1996, fluide et réverbérante), son remarquable premier quatuor "Arcadiana"
de 1994 (son quintette hyper-romantique surprend) et ses "Five Eliot
Landscapes" opus 1 pour soprano et piano (1990, un rêve coloré, avec un passage
caquetant ludique) ; et ensuite pour 2007, la "Chamber Symphony" opus 2 pour ensemble de 15 instrumentistes (1990, de style
jazzy), "Living Toys" (1993, pour ensemble, exercice brillant, déjà découvert à
Londres), le "Concerto conciso" (pour piano et 10 musiciens, 1997, versatile et
prenant), la pièce d'orchestre "These premices are alarmed" (1996,
engagé), qui ont une belle originalité ; mais, cerise sur le gâteau, la plus
belle découverte subjective, selon nous, est la création française de la pièce récente
intitulée "America... a Prophecy" (1999, pour mezzo-soprano, chœurs et grand orchestre, d'une grande émotion
retenue, en souvenir d'attentats terroristes à New York, prémonitoire de la
barbarie du 11 Septembre 2001).
Terminons d'une part par une légère inquiétude - ses 2 dernières
créations, le Concerto pour Violon et Tevot, cette dernière pourtant défendue
par Berlin et Rattle, ont paru, certes plus assurées, plus mûries, mais moins
inspirées, moins aventureuses, presque économes en nouvelles idées, et
d'autre part par un souhait fort, la première
mise en scène prochaine en France de l'un de ses 2 opéras, "Powder Her Face"
(1995) ou "The Tempest" (d'après Shakespeare, 2004). Un compositeur
à suivre attentivement.
Jean Huber, 8 Mars 2007
|