LA MUSIQUE CONTEMPORAINE PAR PAYS

Sans verser dans la réduction caricaturale, il est difficile de synthétiser une forme globale de musique pour chaque pays. D'autant plus qu'avec l'internationalisation de la communication, les spécificités tendent à s'atténuer.

Certaines généralités peuvent être néanmoins avancées : souvent, elles sont antérieures à la création contemporaine... par exemple, la Musique Française tend à être claire, par note perlée, alors que par contraste la Musique Allemande tend à être polyphonique. Il faut aussi prévenir qu'en France, la musique Française est davantage jouée (comme en Allemagne, la musique Allemande, etc.), mais ce biais incontournable est atténué par d'une part les voyages et des créations entendues à l'étranger, et par d'autre part la remarquable stratégie œcuméniste du Festival annuel Présences de Radio France.

Voici quelques pistes (encore en développement) par pays...

FRANCE La Musique Française est, avec la Musique Allemande (germanophone), la figure de proue de la Musique Contemporaine ; elle est traditionnellement caractérisée par la clarté.

Historiquement les créateurs Français sont souvent des innovateurs (Rameau, Berlioz, Debussy), même s'ils sont rares. Cette observation souligne encore plus l'importance exceptionnelle de la moisson sans précédent de compositeurs de Musique Contemporaine en France (nés en France, et aussi naturalisés ou y séjournant durablement).

Selon 4 chemins indépendants vraiment innovants (sans compter les progressistes qui comme Henri Dutilleux ou André Jolivet ont continué leur voie tracée avant guerre):

  • la modalité (et les rythmes multiples) d'Olivier Messiaen, avec en ligne de mire, pour la génération d'après, la découverte du spectralisme,
  • le sérialisme intégral, l'aléatoire, l'informatique musicale, initiés par Pierre Boulez, avec pour la dernière manière la création de l'IRCAM qui reçoit-forme-influence tant de compositeurs étrangers
  • le spectralisme, initié par Grisey-Murail, suite à une visite à l'Italien Giacinto Scelsi
  • la musique concrète, initiée par Pierre Schaeffer (Studio de Recherche, puis GRMC), suivie par toute la bande de l'INA qui se crée tout un vocabulaire ésotérique (acousmatique, acousmonium...).

Les compositeurs Français innovateurs se doublent de penseurs, car tous -ou leurs suiveurs immédiats- éprouvent le besoin de transmettre leurs concepts dans des écrits : par exemple, Olivier Messiaen, Pierre Boulez, Pierre Schaeffer, Hugues Dufourt, François Bayle, André Jolivet.

Ces conceptions et leur phénomènes associés d'appartenance créent des écoles, des chapelles, des clans qui aboutissent au conflit paroxystique (mais cela est routinier en France depuis, par exemple, les querelles entre les partisans de Lully et de Rameau). 

 

ALLEMAGNE-AUTRICHE-SUISSE La Musique Allemande (germanophone) est, avec la Musique Française, la figure de proue de la Musique Contemporaine ; elle est traditionnellement caractérisée par la polyphonie.

Pour mesurer l'appétit de nouveautés par les compositeurs Germaniques d'après guerre, il faut non seulement souligner la nécessaire reconstruction sur des ruines, mais aussi les quelques 15 ans d'oppression endurée pendant le Nazisme (Musique dégénérée).

Le centre d'initiative est géographiquement triple (Darmstadt, Donaueschingen, Cologne) : 

  • le premier, Darmstadt, est le centre mondial de rencontre des compositeurs contemporains d'avant-garde (à partir de 1948 ou 1950, après une courte période à Paris, avec Messiaen et Schaeffer) durant les Étés («Ferienkurse», cours d'étés) ; durant les premières années, ces rencontres sont un catalyseur extraordinaire de création et d'expérimentation, puis elles vont s'officialiser (et se scléroser), puis au cours des années 80, verser dans la routine et perdre de leur attrait
  • le deuxième, Donaueschingen, est un festival de création de musiques, lancé avant Guerre, mais supprimé par le Nazisme (de nombreuses créations mondiales, hors USA, ont lieu là-bas, si ce n'est pas à Darmstadt)
  • le troisième, Cologne, est le pendant de Paris pour la Musique Concrète, avec la Musique Électronique (à partir de bande magnétique).

La création contemporaine n'est concernée, ni par l'Allemagne de l'Est ni par l'Autriche (pays restés conservateurs). Au contraire, la Suisse constitue un havre d'ouverture à la création contemporaine (Klaus Huber, Heinz Holliger), grâce à Paul Sacher à Bâle, mécène qui a financé plus de 200 œuvres avec un large héritage de Honegger et Bartók à Boulez.

Avec le temps, la montée en puissance économique de l'Allemagne, et des «Länder» (régions autonomes avec leurs propres compositeurs), avec la chute du Mur de Berlin, avec le retrait-isolement de Karlheinz Stockhausen, d'autres villes Allemandes et Autrichiennes reprennent leur rayonnement musical historique dans la Musique Contemporaine (Berlin, Hambourg, Dresde, Vienne, et même Salzbourg).

 

ITALIE La Musique Italienne a 2 caractéristiques intrinsèques historiques : une prédilection pour le chant (Luciano Berio) et la récupération, non l'initiative, de l'innovation (en ce sens, le vérisme et le néo-classicisme fortement implantés dans la première moitié du 20ème siècle ont constitué des freins à la modernité). L'exemple caractéristique est le déménagement, pour y séjourner quasi-constamment, de Bruno Maderna, et à un moindre degré de Luigi Nono, à Darmstadt.

Pour la Musique Contemporaine Italienne, une autre dimension importante, même si elle est extérieure, est l'engagement politique (communiste) de nombre de compositeurs Italiens (Luigi Nono, Luigi Dallapicola), ce qui a attiré des étrangers (Hans Werner Henze) et a entraîné des œuvres contenant des textes engagés, et aussi se voulant d'accès facile (pour les masses dites populaires), avec des résultats, avec le recul du temps, souvent décevants et datés.

Enfin, le cas isolé de Giacinto Scelsi, innovateur majeur et fondateur de ce qui sera appelé plus tard du spectralisme, n'a suscité aucun émule direct. Mais l'originalité de la création Italienne s'est poursuivi sur d'autres chemins, comme Salvatore Sciarrino et Ivan Fedele, et les nombreux jeunes compositeurs d'aujourd'hui originaux

 

GRANDE-BRETAGNE La Musique Britannique est par essence non aventureuse (plutôt conservatrice), à la recherche de la belle sonorité («rondeur»), et généralement motrice et dynamique, ouverte aux autres sensibilités et tolérante. Ici l'école sérielle n'a pas vraiment percé. La tradition et la tonalité (mais pas nécessairement la mélodie et le lyrisme) restent fondamentaux : seuls les tenants de la nouvelle complexité, menés par Brian Ferneyhough, se distinguent, mais leurs racines et leurs influences sont sur le Continent.

Le compositeur essentiel qu'est Benjamin Britten est le seul à avoir développer un langage propre et cohérent (après avoir continué la tradition par le néo-classicisme, puis par des variations sur des thèmes Anglais).

Que ce soit dans l'ancienne génération (née dans les années 30) ou la nouvelle (née dans les années 60), les compositeurs originaux préfèrent le «melting pot», c'est-à-dire l'utilisation simultanée de plusieurs styles hétérogènes de compositions : par exemple, sérialisme et rock et tradition, ou, pop et dodécaphonisme et électroacoustique !

 

USA La Musique Américaine est marquée par un courant expérimentaliste (invention de beaucoup de procédés musicaux, mais pas de nouveaux langages d'écriture de la Musique) :
  •  soit sur le plan instrumental (le piano préparé de Cage, les néo-instruments de Partch, les instruments électrifiés de Babbitt, par exemple),
  • soit sur le plan de l'écriture (les clusters de Cowell, le piano comme instrument à cordes de Cowell, le minimalisme de La Monte Young, le répétitif de Terry Riley et Steve Reich), 
  • soit sur le plan iconoclaste (avec une bonne part de provocation, ou d'artisanat, comme pour Charles Ives), initié par John Cage (happening, non-œuvre, théâtre musical, aléatoire).

Les USA ont également constitué un havre pour les compositeurs immigrants-réfugiés, fuyant le fascisme et le nazisme, ou attirés par les valeurs de liberté et les moyens de création privilégiés offerts (Varèse y séjourne fréquemment à partir de 1915, Schoenberg, s'y exile depuis 1933, Milhaud, depuis 1940, ou Stravinsky, Krenek, Dessau, Weill, Hindemith, Eisler, et plus récemment Philippe Manoury, Tristan Murail...).

Cependant, deux opportunités et une limitation pèsent sur la création musicale contemporaine aux USA (par rapport à l'Europe), au contraire de la peinture : l'existence spécifique du Jazz (traditions populaires, intégrées par Gershwin et Bernstein) et de l'héritage Folk anglo-irlando-américain (qui a généré les créations de Copland), ainsi que le divorce total (hormis les Universités) avec la population (très conservatrice) de mélomanes, d'où une dérive rapide, même des compositeurs Minimalistes, vers le «tout tonal», vers la Pop.

 

SCANDINAVIE-ISLANDE La Musique Scandinave est par essence non aventureuse (clairement conservatrice), à la recherche d'une atmosphère et de la sensation des paysages, dans la lignée de Grieg ou Sibelius. Ce qui frappe cependant, c'est le nombre incroyable de compositeurs issus de ces petits pays par rapport à la population totale.

 

EST DE L'EUROPE La Musique des Pays de l'Est n'a pas de style précis étant donné la mosaïque de petits pays à l'Histoire et la Culture distinctes qui constituent cette zone, sauf peut-être une aspiration commune pour les racines du folklore. Le contexte politique d'après Deuxième Guerre Mondiale a joué en défaveur des compositeurs novateurs, dont plusieurs ont préféré l'exil en Occident : György Ligeti, Arvo Pärt.

La culture musicale est ici très forte et l'attrait pour l'innovation, également :

  • en Hongrie, l'héritage musical est sacralisé par Béla Bartók, et ceux qui sont restés au pays n'en sont que des émules (avec nuance indépendante pour György Kurtag)
  • en Pologne, très vite l'avant garde Occidentale a été assimilée, puis développée (le tachisme prôné par Penderecki, la couleur et l'aléatoire par Lutoslawski)
  • en Slovaquie, le compositeur Morave, Alois Hába, se focalise sur la micro-tonalité, qui fait créer un double piano, une guitare et des instruments à vents pour des 6èmes et 12èmes de ton (1924-1943)

 

RUSSIE La Musique Russe est par tradition mélodique et tonale : l'âme, le sentiment (ses détracteurs disent le sentimentalisme) sont fondamentaux. Comme pour les Pays de l'Est de l'Europe, Socialistes, le contexte politique d'après Deuxième Guerre Mondiale a joué en défaveur des compositeurs novateurs en URSS : Serge Prokofiev et Dimitri Chostakovitch ont été bridés et accusés de «formalisme», ce qui a empêché toute activité réellement novatrice éventuelle (mais les biographes aujourd'hui soulignent beaucoup d'ambiguïté dans l'attitude du second).

Il est clair cependant que si une aspiration à l'innovation avait été bridée par le Soviétisme, une contre réaction forte se serait faite jour après la chute du mur de Berlin (1989) : cela n'a pas été le cas (même pour Alfred Schnittke ou Edison Denisov, qui ont émigré) ; au contraire, des compositeurs comme Sofia Goubaïdoulina se sont engouffré dans le néo-tonal de consommation (avec force citations).

 

ESPAGNE La Musique Espagnole est restée à l'écart de la Modernité, non pas par culture, mais par empêchement, sous l'égide de la dictature Franquiste. Mais cela devrait changer peu à peu (le seul qui aurait pu changer le cours de l'histoire est Luis de Pablo, mais il a dû s'exiler, comme Roberto Halffter ou Roberto Gerhard).

 

PORTUGAL La Musique Portugaise est restée à l'écart de la Modernité, non pas par culture, mais par empêchement, sous l'égide de la dictature Salazariste. Mais cela devrait changer peu à peu.

 

AMÉRIQUE LATINE La Musique Contemporaine ne joue pas un rôle significatif dans ces pays (même si l'héritage luso-hispanique aurait pu constituer un ferment) : ici, comme ailleurs dans les pays en développement, d'autres préoccupations ont détourné l'intérêt des créateurs (vers les Musiques Pop ou la littérature).

Les 2 seules exceptions sont évidemment Mauricio Kagel et José Luis Campana, mais ces 2 Argentins ont quitté jeunes leur pays pour l'Europe.

 

CHINE-INDE-ASIE La Musique Contemporaine ne joue pas un rôle significatif dans ces pays (et l'absence de culture Occidentale est évidemment un frein) : ici, comme ailleurs dans les pays en développement, d'autres préoccupations ont détourné l'intérêt des créateurs, mais la situation change rapidement. Mis à part Toru Takemitsu (Japon) et Nguyen-Thien Dao (Vietnam), qui ont vécu longtemps en Occident, les créateurs de ces pays ne manifestent pas de réelle originalité, ce qui est dommage (mais temporaire).

 

 



Actualisation : 30 Septembre 2013

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