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* LUCIANO BERIO (1925 - 2003), Italie

SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUESTYLE MUSICAL
Luciano Berio [1925, Italie (Oneglia) - 2003, Italie (Rome), décédé à 77 ans] (prononcer «bério») est issu d'une famille musicienne (son père organiste, pour premier professeur), s'est formé à la composition d'abord au Conservatoire de Milan avec Ghedini, puis aux USA avec Luigi Dallapiccola en 1951-1952, et à Darmstadt jusqu'en 1959 ; en 1955, Luciano Berio fonde avec son ami Bruno Maderna le studio de phonologie de la R.A.I. (Radio-Télévision Italienne) à Milan, pour ses premières créations électroniques ; il enseigne à New York de 1965 à 1971 ; de 1974 à 1980, Luciano Berio fait partie de l'équipe fondatrice de l'IRCAM (en tant que responsable de la musique électroacoustique), qu'il quitte pour fonder, en 1987, son équivalent à Florence ; de 1994 jusqu'à la fin de sa vie, il est compositeur en résidence à la Juilliard School de Harvard, aux USA ; il joue à cache-cache avec l'histoire musicale par des orchestrations de pièces de Mahler ou de Brahms, la reconstruction de la 10ème Symphonie de Schubert ("Rendering") ou l'Orfeo de Monterverdi ("Orpheo II") ; un personnage profondément humain (humaniste, attaché à l'interprète instrumentiste), chaleureux, solidement vivant (aux plaisirs simples), à la fois très superficiel (voire futile et anecdotique, menteur) et profond, artistique et protéiforme (collaboration avec Sanguinetti, Ecco, Calvino)... Premières œuvres significatives : "Concertino" (1951, pour clarinette, violon et orchestre, énergique), "Chamber Music" (1953, pour voix et trio, sensuel et pointilliste), et "Nones" (1954, pour orchestre). Instrument pratiqué : piano (sa carrière de pianiste de concert a été brisée très jeune par une blessure à la main, un peu comme Robert Schumann), orchestre (occasionnellement, comme chef). Moderniste-Sériel. Luciano Berio est un des 10 compositeurs majeurs de la Musique Contemporaine ; son langage musical est à la fois unique (reconnaissable) et ancré dans son temps, avec une prédisposition particulière pour la voix humaine (marié à la soprano Américaine Cathy Berberian jusqu'en 1964) et un réel intérêt pour le Rock et le Folk (leur consacrant des essais et les mêlant dans le creuset de son imagination, pour une musique libre, sans frontières), pour le collage, pour l'électro-acoustique ; il a également «révolutionné» (dynamité) la nature du genre opéra contemporain par le non-livret, par la projection in-out ; sa musique semble couler de source, tant elle sonne naturelle et élégante, mais l'écriture et l'interprétation en révèlent la grande complexité, la solidité de facture, et elle est marquée par le sentiment émotionnel (la théâtralité, sans épanchement) et la fascination pour l'écriture savante ; ses 15 "Sequenza" (avec en plus "Les Mots sont allés", sur le nom de Paul Sacher, pour violoncelle, 1978) sont d'une telle portée qu'elles ont influencé les compositeurs de la génération suivante, qui beaucoup se sont mis à la composition de pièces pour instrument seul (autre que le piano) ; à noter que sa musique est plutôt difficile d'accès, sauf quelques pièces atypiques et distinctes, souvent des transcriptions et des arrangements ou des reconstructions, pas essentielles, voire anecdotiques, mais belles et utiles pour découvrir son univers ("Folk Songs", "Rendering" d'après Schubert, "Orfeo II" d’après Monteverdi, "Beatles Songs", etc.)… Pièces emblématiques : "Folk Songs" (très accessibles, d'après des chansons du folklore populaire, pour mezzo-soprano et 7 instrumentistes, 1964), "Tema, Omaggio a Joyce" (1958, pour électronique seule), la série unique des 15 "Sequenza" (1958-2002, œuvres phares pour divers instruments en solo, chacune durant de 6 à 25 minutes) : I (pour flûte, 1958, œuvre ouverte, avec notation proportionnelle), II (pour harpe, 1963), III (pour voix de femme, 1966), IV (pour piano, 1966), V (pour trombone, 1965), VI (pour alto, 1967), VII (pour hautbois, 1969), VIII (pour violon, 1976, en hommage à la Chaconne de la partita en ré mineur de Bach), IXa (pour clarinette, 1980), IXb (pour saxophone, 1981), X (pour trompette et piano résonant, 1984), XI (pour guitare, 1988), XII (pour basson, 1995, avec de longues notes tenues dérivantes, presque spectrale), XIII (pour accordéon, 1996), XIV (pour contrebasse, 2002), la série des 7 "Chemins" (1964-1996, pour ensembles, extensions libres de certaines Sequenzas, sommets de la musique pour ensemble), "Circles" (1960, pour soprano, harpe et percussions), "Sinfonia" (1968, pour voix, orchestre et collages), Concerto pour 2 pianos (1973), "Eindrücke" (1974), "Coro" (1976, pour voix et ensemble), "Corale" (1982, pour 19 instruments), "Voci" (1984, pour alto et orchestre, non écouté en concert), "Formazioni" (1987, pour un orchestre et des groupes d'instrumentistes éloignés, un peu comme "Repons" de Boulez ou "Gruppen" de Stockhausen), et ses 3 «faux» opéras "La Vera Storia" (1982, opéra), "Un Re in Ascolto" (1984, opéra) et "Outis" (1996, opéra, non écouté en concert).

 

 

ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)

CRÉATIONTITREANALYSETEMPSVALEURNIVEAU
1958 Thema, Omaggio a Joyce (bande) [33 ans] Electronique (pour 4 canaux sortant vers 4 haut-parleurs). La première œuvre électronique de Berio, belle et poétique, réalisée à partir d'un extrait d'Ulysse (en anglais, de James Joyce) comprend l'incrustation de la voix de la cantatrice Cathy Berberian (son épouse) ; la pièce joue sur les extensions poétiques sonores du mot écrit, qu'il soit dit ou entendu, sans établir la prépondérance d'un des deux arts, le poétique (microstructure, chez Joyce) ou le musical (fugue canonique, tissu sonore complexe, onomatopées, éparpillement des micro-éléments, chez Berio) ; par les moyens électroniques, le compositeur multiplie les bribes-mots, décompose et recompose les énoncés continus, les déforme (jusqu'à l'abstraction totale, fouillis de gazouillis et pépiements, souffles), en les manipulant selon des critères d'organisation différents de l'écriture du texte (par essence contraint par la nécessaire signifiance), en variant les vitesses, les durées et les bandes de fréquences (les procédés paraissent vieillis aujourd'hui, comme toute la musique électronique de l'époque) ; une pièce inspirée construite en 3 parties (lecture musicalisée du texte, mixage électronique simple sur les mots et des bribes de mots encore identifiables par filtrage et réverbération, mixage électronique complexe avec des phonèmes ou des agrégats de phonèmes) [création : réalisée au Studio de Fonologia de la R.A.I. (Radio Audizioni Italiane) à Milan, diffusée à Naples, 1958]. 7 xxx ++
1958 Sequenza I (flûte solo) [33 ans] Flûte. La première, et une Sequenza parmi les plus fameuses, est une étude de virtuosité polyphonique, avec une très grande vitesse de transformation, de concentration et d'alternance entre les motifs, selon une mélodie harmonique ; le discours inaugurant des sonorités inouïes est comme irisé à travers un prisme et même parfois suspendu par des blancs ; innovation majeure : la flûte traditionnellement monodique, est quasiment mutée en polyphonie (illusion de l'écoute : plusieurs voix paraissent co-exister grâce à la rapidité et la mobilité du jeu instrumental, aux sauts d'un registre à l'autre et aux changements de timbre ou d'articulation) [création : Septembre 1958, à Darmstadt (Allemagne)]. 6 xxx ++
1960 Circles (voix de femme, harpe, 2 percussions) [35 ans] Voix-Cordes-Percussion. Le titre indique le caractère circulaire de l'œuvre (ABCBA), basée sur 3 poèmes de Cummings ("Singing", "Riverly is a Flower", "N(o)w") : ce lieder est unique par l'accompagnement des percussions et par l'osmose sans équivalent de la voix (et du poème) et des instrumentistes [création : 1960, à Tanglewood (USA), par Cathy Berberian, et des membres de la Boston Symphony Orchestra]... de la même veine (avec phonèmes, aussi) : "Sequenza III" (pour voix de femme, 1966). 18 xxx +++
1961 Epiphanie (voix de femme et orchestre) [36 ans] Orchestre-Voix (petit orchestre). De la même veine que "Circles", cette œuvre est une des pièces majeures pour voix et orchestre (considérablement révisée en 1965, et en 1992) : elle comporte 8 parties, en 5 pièces vocales sur des poèmes (comme des apparitions, d'où le titre) et 3 «Quaderni» uniquement instrumentaux (très virtuoses, comme des interludes) [création (partielle) : 1961, à Donaueschingen (Allemagne)]. 40 xxx +++
1963 Sequenza II (harpe solo) [38 ans] Harpe. Une Sequenza parmi les plus fameuses qui se démarque de la harpe impressionniste (élégiaque, antique) pour paraître abrupte, rêche, contrastée ; une pièce novatrice et d'une grande virtuosité qui s'ouvre sur des effets de résonance, puis se poursuit interrogative (voire en spirale), et devient de plus en plus cassée, heurtée (sons frappés, coups sur l'armature). Une révolution pour l'instrument [création : 1963, à Darmstadt (Allemagne)]. 9 xxx ++
1965 Laborintus II (voix, ensemble et bande) [40 ans] Ensemble-Voix. Un labyrinthe (d'où le titre) littéraire et musical dans lequel l'auditeur voyage en compagnie d'un récitant (des poèmes d'Edoardo Sanguinetti, des extraits de la Divine Comédie de Dante, et de Ezra Pound et T.S. Elliott) ; la bande reprend (d'où le code 2) des éléments de la partie orchestrale préalablement enregistrée (ensemble de 17 instruments), avec des références à Monteverdi et Stravinsky; proche du théâtre musical, par la présence de 8 acteurs-mimes (en plus des 3 chanteuses) ; une pièce symbolique (l'enfer et la folie) et emblèmatique d'une époque terriblement provocatrice et fascinante ; une première partie aux éclats soudains de cuivres stridents, aux voix de sopranos hallucinées (petits cris piaillants, qui se figent dans une note suraiguë), des à-coups chaotiques, des bris de verre, une polyphonie extrême (un sabbat bruitiste, haluciné) sans répit, une deuxième partie, comme une longue suite de free jazz, acide, aux textures accélérées, avec des rebonds métalliques [création : 1965, à Paris (France), à l'occasion du 700ème anniversaire de la naissance du poète Italien Dante]... de la même veine (textes aux langues différentes mélangées) : "Sinfonia", "Passaggio". 35 xxx ++
1966 Sequenza V (trombone solo) [41 ans] Trombone. Une Sequenza parmi les plus fameuses qui inclut une dimension humoristique (presque du théâtre musical à la Kagel), car l'instrumentiste joue, mime et aussi chante (par exemple, en «wappant» comme le trombone), simultanément ou en dialogue alterné, tout en atteignant un haut niveau d'expressivité ; elle s'ouvre par des appels courts ponctués par des borborygmes (ou des blancs), puis vient la partie secouée (son, frappe), la partie «moto» (avec virages !), pour se terminer dans l'extase (grave) et en pied de nez vis-à-vis de l'audience en interjetant «Pourquoi?» (en effet, la pièce est dédiée au clown musical Suisse Grock, 1880-1959, qui terminait souvent ses tours pas le mot «Warum?» ou «Why?» et aussi par l'usage intensif de la sourdine, référant aux onomatopées et aux bruits incongrus du clown) ; la pièce innove en requérant beaucoup de techniques rares à l'époque, y compris multiphoniques (en chantant et en jouant en même temps), ou avec le cliquetis d'un piston muet contre le pavillon de l'instrument, ou des glissandi, ou encore par la production de sons tout en inspirant ; Extrait-Vidéo [création : 1966, à San Francisco (USA)]. 7 xxxx ++
1967 Sequenza VI (alto solo) [42 ans] Alto. Une Sequenza parmi les plus fameuses qui est entièrement parcourue par de longs fourmillements cisaillements, très serrés, puissants, avec quelques digressions courtes, calmes et sinueuses ; extraordinaire voyage en trémolos ; à noter : la pièce a été l'objet d'une extension pour alto et neuf instruments (1967, "Chemins II"), et d'une autre extension de l'extension II, intitulée "Chemins III", pour alto, neuf instruments et petit orchestre (bois par 2), en 1973, très réussie [création de la Sequenza : 1967, à New York (USA), transcrite pour violoncelle en 1981]. 13 xxxx ++
1968 Sinfonia (8 voix solo et orchestre) [43 ans] Orchestre-Voix (8 parties vocales, à l'origine pour le groupe Jazzy des Swingle Singers). Une alchimie étonnante entre la musique (tantôt mystérieuse, tantôt chaotique, précipitée) et des textes parlés (Français, Anglais, chuchoté, bavardé ou non) et chanté (avec vibrato ou non) de Lévi-Strauss, Martin Luther King (atomisation du phonème du nom, presque non identifiable), mêlés, avec des instruments jouant ensemble (d'où le titre au sens primitif), d'abord 4 mouvements, puis un cinquième ajouté ; l'alternance de jets de notes, souvent par un seul instrument (piano, beaucoup, trompette), courtes, contraste avec l'ensemble de l'orchestre en fond sonore ; un collage sans déformation de mesures du Scherzo de la 2ème Symphonie de Mahler (ainsi que plus diffus ou plus bref de "La Mer" de Debussy, de la valse du "Chevalier à la Rose" de Strauss, de la "Pastorale" de Beethoven, ou encore de Ravel, Stravinsky, Berg) ; une œuvre emblématique et, à l'époque, révolutionnaire, qui transmet une profonde émotion ; Extrait-Vidéo [création : 10 Octobre 1968, à New York (USA), avec Berio à la direction d'orchestre]. 30 xxxx ++++
1969 Sequenza VII (hautbois solo) [44 ans] Hautbois. Une Sequenza parmi les plus fameuses, polyphonique et d'une grande difficulté d'exécution, qui contraste par l'urgence du phrasé instrumental et la lenteur du parcours musical (immobilité des registres, répétition de certains intervalles, notamment la quinte) ; la pièce commence classiquement par des notes tenues, ponctuées par des appels courts, puis déroule un discours hésitant et élégiaque (avec en fond un son monodique) ; note : une transcription (belle) pour saxophone soprano par un élève ; en prolongement-extension, les "Chemins IV" dérivés de cette Sequenza (9 minutes, 1969, pour hautbois et 8 cordes) sont fascinants par le contrepoint coloré des cordes et le son «si» récurrent, comme une note pivot [création de la Sequenza : 1969, à Bâle (Suisse)]. 7 xxxx ++
1976 Coro (voix et ensemble) [51 ans] Ensemble-Voix. Un chef d'œuvre humaniste qui retrace l'épopée de l'Homme, qui mélange les langues, les folklores et les styles (Babel!) ; notamment le chœur (40 chanteurs, soit 4 voix par 10, chaque voix étant associée et, plus précisément, étant placée à proximité d'un instrumentiste à vent ou à cordes) montre une palette extraordinaire d'emplois, depuis des chansons et des polyphonies, jusqu'aux hétérophonies Africaines (une vaste anthologie de l'humanité mêlant langues, folklores et styles, sans pour autant créer une œuvre à caractère ethnomusicologique) ; les textes sont (entre autres) des poèmes d'essence populaire de Pablo Neruda [création : 24 Octobre 1976, à Donaueschingen (Allemagne)]... de la même veine, mais plus immédiats, les fameux "Folk Songs", à l'harmonie raffinée, souvent pour une seule voix accompagnée (celle de son épouse, Cathy Berberian). 60 xxxxx +++
1980 Sequenza IX (clarinette solo) [55 ans] Clarinette. Une Sequenza parmi les plus fameuses (probablement la plus inspirée), la IXa, pour clarinette, polyphonique et d'une grande difficulté d'exécution, qui est une longue mélodie, avec répétitions, retours, symétries et échanges ; à nouveau, le mouvement est créé par le contraste entre 2 champs de hauteur déterminée, un assez peu mobile, l'autre très inconstant ; la pièce commence mystérieusement (lentes et longues phrases), puis déroule un discours continu avec une douce poésie (un court épisode humoristique en montagnes Russes, pianissimo) jusqu'à une alternance de longs appels répétés et de motifs ralentis presque blues ; son adaptation, numérotée IXb, pour saxophone (1981, 14 mn) est également très réussie (étendue à un ensemble dans "Récit", en 1996, le dernier des "Chemins"), comme la IXc pour clarinette basse ; en prolongement, "Chemins IIc" (1970) pour clarinette basse concertante et petit orchestre (ou bien, avec en plus une guitare électrique, 1997, finalisée par un élève), une pièce d'une grande douceur expressive tout en étant chargée d'énergie... à noter que, pour compliquer, la première version avec clarinette (IIb) de ces "Chemins II" concertants (1970), issus de la version pour alto, date aussi de 1970, soit avant la Sequenza IX, et donc la Sequenza pour clarinette est un processus de réduction, inverse des autres "Chemins" qui sont des extensions) [création de la Sequenza : 26 Avril 1980, à Paris (France) ; également une version solo avec électronique live, ordinateur balbutiant 4C, créée en même temps, en 1980, revue ultérieurement sur 4X]. 14 xxxxx ++
1982 Corale (violon, 2 cors et 17 cordes) [57 ans] Petit Ensemble - Violon concertant. Un prolongement-extension de la Sequenza VIII pour violon solo (1976), avec une réminiscence de la Chaconne de Bach et des danses populaires ; le violon, soliste, commence par un «la» répété fortissimo, puis varié par la superposition de notes voisines sur plusieurs cordes (doubles ou triples), grâce aux autres instruments (pour créer un effet chromatique) ; au centre, figure une sorte de cadence (absente dans la Sequenza), staccato et très contrastée, quasi répétitive; enfin, la conclusion, plutôt tonale (moins atonale) contraste le violon avec ses notes répétées et les 2 contrebasses chantantes [création : 17 Janvier 1982, à Zürich (Suisse)]. 16 xxx ++
1982 La Vera Storia (opéra) [57 ans] Opéra théâtre (anti-opéra). Action musicale, sur un livret d'après Italo Calvino [L'Histoire Véritable], en 2 actes ; l'œuvre est un opéra sans en être un (une histoire de vengeance à rebondissements, Verdienne, avec bals, ballades, accompagnées par les guitares électriques et accordéons, d'un côté au premier acte, et de l'autre côté, dans le second acte, une grande distanciation vis-à-vis de la linéarité et de la théâtralité de cette même histoire, avec des fragments déplacés chronologiquement, des commentaires en lieu et place, laconiques, une analyse parodique du précédent) ; une grande réussite scénique (originalité) et musicale, avec un groupe d'intervalles en 8 notes systématiquement utilisé formant une grande passacaille ; une (belle) suite pour orchestre a été tirée de l'opéra : "Scena" (12 mn) [création : 9 Mars 1982, à Milan (Italie)]. 120 xxxxx ++
1984 Un Re in Ascolto (opéra) [59 ans] Opéra théâtre (anti-théâtre). Action musicale en 2 parties, sur un livret d'après Italo Calvino, avec des extraits d'un poème autour du thème de la Tempête de Shakespeare [Un Roi à l'Écoute] ; un opéra en jeu de miroirs, à la fois par les textes et par la musique ; au premier acte, le Roi s'écoute lui-même (il se représente) au cours d'une répétition d'une représentation théâtrale, selon le schéma classique de l'œuvre dans l'œuvre ; au deuxième acte, les 2 représentations fusionnent progressivement ; sur le plan musical, c'est une suite ininterrompue de numéros (arias, duetti, concertati, audizioni), avec leurs doubles (amplifiés) ; une réussite, malgré l'hermétisme de certaines situations, grâce à une musique très inventive, synthèse de tous les langages (très divers, y compris collages) de Berio [création : 7 Août 1984 à Salzbourg (Autriche)]. 100 xxxx ++
1984 Sequenza X (trompette solo) [59 ans] Trompette. Une Sequenza parmi les plus fameuses, polyphonique et d'une très grande difficulté d'exécution, qui est une longue déclamation linéaire, naturelle (pas de sourdine, seulement la main gauche comme écran, et rarement), presque nue (avec une courte citation de l'hymne Israélien en forme d'espérance) ; à noter la présence d'un piano résonant pour exacerber les harmoniques de la trompette et créer un effet d'épaisseur, d'écho presque électronique (les cordes du piano vibrent par sympathie) ; la pièce se focalise sur des trémolos doux répétés comme des soliloques (certains, aigus, confinent à la confidence), dégageant une grande poésie (instrument paradoxalement sans agressivité, souvent quasi solaire; écho du piano); à noter pour l'anecdote que la pièce tient un peu du théâtre musical, car la partie de piano peut être «exécutée» (alors un pianiste mime le jeu d'une partition muette, y compris avec les pédales); en prolongement-extension, "Kol Od, Chemins VI" pour trompette et petit orchestre (avec notamment accordéon, célesta actif, et sans piano résonant, 1996), une pièce qui suit bien l'exploration de la pièce solo, et introduit en plus un contraste entre le solo et l'orchestre (monodie vs. polyphonie, sons graves rêveurs vs. tutti souvent violents, ponctuations plus rythmées) [création : 1984, à Los Angeles (USA)]. 15 xxxx ++
1988 Sequenza XI (guitare solo) [63 ans] Guitare. Une Sequenza, unique par le choix de l'instrument soliste, qui utilise 3 types de matériaux, un dans la tradition du Flamenco, un deuxième dans la tradition classique et le troisième expérimental, avec de continuels échanges entre eux et des transcriptions qui restent reconnaissables (à noter, les grappes de notes perlées, à 2 mains en haut de la guitare, les accords à corde vibrée, l'utilisation d'un grand éventail de tessitures, inouïs jusque là, les frappes percussives insistantes sur le bois)... une réussite exceptionnelle pour cet instrument rare et une révolution mêlant jeu de luth et de quasi guitare électrique; en prolongement-extension, "Chemins V" pour guitare (amplifiée) concertante et orchestre de chambre (avec piano) qui suit bien l'exploration de la pièce solo (bien que composée 4 ans après) ; Extrait-Vidéo [création de la Sequenza : 20 Avril 1988, à Rovereto (Italie)]. 16 xxxx ++
1996 Sequenza XIII (accordéon solo) [71 ans] Accordéon. Une Sequenza parmi les plus fameuses qui utilise un instrument populaire de manière novatrice et très virtuose (donc sans rapport avec la tradition, fait penser à une orgue harmonium) ; les thèmes se succèdent en donnant le sentiment de l'improvisation spontanée, dans un univers presque entièrement méditatif, pour se terminer par une cellule répétitive lentement motrice… une pièce incontournable [création : 9 Novembre 1995, à Rotterdam (Hollande)]. 9 xxxx ++

 

 

ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours]

légendeNé le 24 Octobre 1925

M.A.J.-Actus : 2009/12/22.
Mort le 26 Mai 2003 ; régulièrement joué, notamment les pièces en solo ("Sequenza") entrées au répertoire, ainsi que d'autres pour voix, plus accessibles ("Folk Songs") ; ses amis devraient créer un site Internet

 

Actualisation de la page : 26-Août-2010

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