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* ELLIOTT CARTER (1908 - 101 ans), USA

SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUESTYLE MUSICAL
Elliott Carter [1908, USA (New York) - ] (prononcer «carteur») étudie la littérature Anglaise et la musique à Harvard, puis de 1932 à 1935, il travaille avec Nadia Boulanger à l'École Normale de musique à Paris (à l'époque d'obédience néo-classique), notamment la composition et le contrepoint ; entre 1936 et 1940, il est critique musical (grâce à Copland), directeur musical des ballets Caravan, puis il enseigne à St John's College dans le Maryland, avant de décider de se consacrer à la carrière de compositeur, sur les conseils de son ami Charles Ives ; son style (tardif, élaboré à plus de 40 ans, après plusieurs mois de retraite-isolement dans le désert de l'Arizona avec femme et enfant, en 1950 pour la composition de son Quatuor n°1) n'a pas de lien avec les écoles Américaines contemporaines (nationales avec Copland, minimalistes avec Reich, ou expérimentales avec Cage), mais plutôt avec la période antérieure (Charles Ives), le Jazz contemporain (Duke Ellington), et l'Europe (Bela Bartók, Edgard Varèse, la synthèse du Schoenberg expressionniste et du Stravinsky rythmicien, et plus tard Pierre Boulez avec lequel il a noué une longue amitié) ; en raison de ses occupations pédagogiques (dispersées), il est peu prolifique jusqu'aux années 80 (alors un revirement se produit avec plusieurs créations par an, y compris dans les années 2000, avec une tendance vers l'épure, le multiphonique, et la transparence) ; pour l'anecdote, il faut signaler que Carter a été surnommé le Boulez Américain (à tort, car leurs 2 musiques ont des esthétiques éloignées, partageant seulement un tropisme pour l'abstraction, la pureté et la poésie) et qu'il est le compositeur à la plus grande longévité de toute l'histoire de la Musique (son centenaire a été fêté le 11 Décembre 2008, en sa présence parfaitement lucide et avec des créations dont le caractère savant ne s'est pas atténué). Site Internet du centenaire (en Anglais) : www.carter100.com... Premières œuvres significatives : Symphonie n°1 (1944, jazzy et apparemment improvisée, non écoutée en concert), Sonate pour piano (1946, non écoutée), Sonate pour violoncelle et piano (1948, pulsée et décalée). Instrument pratiqué : piano, hautbois. Moderniste-Polyrythmique. Elliott Carter est un compositeur majeur pour ses recherches sur la modulation dite «métrique» (il s'agit de chevauchements de tempi et de textures différents par les différents pupitres, à deux, voire multiples), qui a été initiée par Alban Berg ou Igor Stravinsky (dans "Noces"), à la suite des polyphonistes du 14ème siècle en passant par le dernier Beethoven, et qu'il a généralisée en visant une impression d'improvisation pour l'auditeur (impression amplifiée par des changements imprévus dans le discours musical) ; après quelques compositions néo-classiques ou nationales jusqu'à 1948 (mineures), il s'oriente progressivement vers un travail d'extension du langage portant sur les hauteurs, la texture (serrée, tendue) et le rythme (poly-rythmie) ; chacune de ses compositions, toujours savantes (au sens où l'on perçoit à l'écoute une intelligence d'écriture), témoigne d'une recherche formelle approfondie qui lui confère son caractère particulièrement expressif (caractérisé, ciselé), presque physique, éloigné de tout sentimentalisme, souvent ludique, et une dimension universelle (plutôt difficile d'accès) ; son langage musical (superpositions indépendantes, constants changements dans l'imprévisibilité, le tout assumé et maîtrisé) est, d'une grande cohérence ; son esthétique est particulièrement en phase avec sa personnalité poétique, intellectuelle (précise), et d'humeur changeante ; sa musique est caractérisée par son mouvement d'avancement, par sa pulsation verticale en superposition (sans sur-usage de l'ostinato) ; après Bartók, c'est le compositeur moderne qui a le mieux réussi dans l'exploration nouvelle du quatuor à cordes (5, au total)… Pièces emblématiques (sur un total de près de 140, toujours bien construites, pas toujours au plus haut de l'inspiration) : Quatuor n°1 (1951-1953, brillante relève des pièces de Bartók), "Variations pour Orchestre" (1955, non écoutées), Quatuor n°2 (1960, première pièce avec modulation métrique, avec une humeur différente pour chacun des 4 solistes), "Double Concerto" (1961, pour piano, clavecin et 2 orchestres de chambre), Concerto pour piano (1965), Concerto pour Orchestre (1969, non écouté en concert), Quatuor n°3 (1971, le summum de la modulation métrique, les instruments groupés deux par deux, pour un éclatement extrême de la musique), "A Mirror on which to Dwell" (1975, pour soprano et ensemble, Boulézien), "Symphonie pour Trois Orchestres" (1976, une expérience brillante et unique, à la limite du collage, avec 3 ensembles indépendants par les effectifs, les matériaux, les rythmes et les tempos), "In Sleep, in Thunder" (1981, ténor et ensemble, non écouté), "Penthodes" (1985, pour 5 quatuors mixtes), Concerto pour hautbois (1986), Concerto pour violon (1990), "Inner Song" (1992, pour hautbois solo), Concerto pour clarinette (1996, avec ensemble, brillant), "What Next?" (1999, court opéra de chambre d'après le film «Trafic» de Jacques Tati sur la non-communication, une comédie -rare- non écoutée en concert), Concerto pour violoncelle (2000, virtuose mais rêche et formel), "Three Illusions" (2005, pour orchestre).

 

 

ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)

CRÉATIONTITREANALYSETEMPSVALEURNIVEAU
1961 Double Concerto (clavecin, piano et 2 orchestres de chambre) [53 ans] Orchestre-Clavecin-Piano (spatialisés). L'œuvre, la première dans le (faux) genre concerto du compositeur, est innovante par sa mise en espace (et la sonorisation qui en découle) : les 2 ensembles sont les plus éloignés, l'un de l'autre, avec à gauche le clavecin moderne (amplifié) et son soutien par 3 cuivres, 1 flûte, 1 alto, 1 contrebasse, plus les percussions de bois et de métal, à droite le piano et son soutien par les bois, 1 violon et 1 violoncelle, plus les percussions à peaux ; la pièce naît du chaos, puis se déploie par un pugilat alterné (ping-pong) généralisé entre les 2 ensembles, pour terminer à nouveau dans le chaos ; elle s'organise en 7 sections : Introduction (le matériau musical propre aux 2 ensembles), Cadence pour clavecin (le thème du premier orchestre), Allegro scherzando (piano, clavecin et 2 orchestres entrelacés), Adagio (contraste des vents, lents, avec les autres pupitres qui jouent soit plus accéléré, soit plus ralenti), Presto, interrompu à 2 reprises par une Cadence pour piano, et Coda (commencé par de violent coup de cymbales et de tam-tams, puis éludé par vagues décroissantes jusqu'à la mesure finale) ; les 5 périodicités différentes, caractérisées chacune par un intervalle, décrivent autant de cycles, dont les décalages produisent des effets d'unisson ou des battements rythmiques : une pièce à la construction savante, mais directement perceptible à l'audition (avec effet stéréo marqué) [création : 6 Septembre 1961, à New York (USA)]. 23 xxxx +++
1965 Concerto pour piano (piano et orchestre) [57 ans] Piano non concertant. Une œuvre de conception structurelle inhabituelle : le piano n'est pas vraiment concertant, il est ailleurs (son matériau, changeant, fantasque, est différent de celui de l'orchestre, plutôt monolithique, traité en masse) ; en fait, il dialogue parallèlement, en concertino, avec 7 autres instrumentistes (3 vents et 4 cordes) ; les 2 mouvements sont dissemblables par la forme mais de même finalité, le premier introduisant l'intelligence de la composition en triade, le second plus alterné, donnant plus de place à l'orchestre et aux dialogues, pour finir par un solo du piano ; à l'écoute, la pièce apparaît comme un flot tumultueux d'un torrent ou un éboulement incontrôlé de rochers [création : 6 Janvier 1967, Boston (USA)]... dans la même veine, de façon plus lisible, le Concerto pour Orchestre (1969), ou de façon plus libre et aéré, le Concerto pour Clarinette (1996). 24 xxx +++

 

 

ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours]

légendeNé le 11 Décembre 1908

M.A.J.-Actus : 2010/06/12.
Création de "What Are Years", le 26 Juin 2010, à Aldeburgh, par Claire Booth, soprano, l'Ensemble intercontemporain et Pierre Boulez ; célébration du centenaire de sa naissance en Décembre 2008 ; sa dernière œuvre de 2008, pour piano et petit orchestre, relève de faiblesses, bien compréhensibles vu son très grand âge

 

Actualisation de la page : 12-Juin-2010

© Jean Henri Huber, Musique Contemporaine.Info, 2005-2010 Pour retourner à la page d'accueil: Bienvenue !
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