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* HARRISON BIRTWISTLE (1934 - 76 ans), Angleterre

SYNTHÈSE BIOGRAPHIQUESTYLE MUSICAL
Harrison Birtwistle [1934, Angleterre (Accrington, Lancashire, à environ 30km au nord de Manchester) - ], fils unique avec une mère mélomane amateur, étudie la clarinette avec Frederick Thurston et la composition avec Richard Hall, au Royal Manchester College of Music à partir de 1952 (boursier) ; en 1953, avec ses amis étudiants, les compositeurs Peter Maxwell Davies et Alexander Goehr, ainsi que le pianiste John Ogdon et le trompettiste (puis chef d'orchestre) Elgar Howarth, il forme le groupe «New Music Manchester» (plus tard appelé École de Manchester), sans qu'il y ait unité ou cohérence de style entre ces musiciens, mais plutôt une forte émulation, un son typiquement expressionniste et une fertilisation croisée (et une plus forte influence sur le compositeur que ses professeurs) ; entre 1957 et 1958, après son service militaire à l'Orchestre Royal de l'Artillerie, il approfondie ses études à la Royal Academy of Music de Londres, puis est en résidence au Liverpool Philarmaonic Orchestra, et décide de se consacrer à la composition (et il fréquente régulièrement les cours d'Été de Darmstadt) ; en 1962, il est nommé directeur de la musique au collège de filles de Cranborne Chase ; pour l'exécution de ses œuvres, il co-fonde en 1965 avec Peter Maxwell Davies, l'ensemble de chambre The Pierrot Players (nommé en hommage au "Pierrot Lunaire" de Schoenberg), qu'il quitte en 1970 (l'ensemble est alors renommé Fires of London pour Maxwell Davies seulement), puis l'ensemble Matrix, avec le clarinettiste Alan Hacker, sans, dans les 2 cas, s'impliquer fortement dans l'organisation et la logistique ; parallèlement, il part étudier aux USA (Princeton) avec une nouvelle bourse (1966 - 1968), il est professeur invité au Swarthmore College, Pennsylvanie (1973-1974), et à l'Université d'Etat de New York (1975-1976) ; à partir de 1975, il devient directeur musical du Royal National Theatre de Londres (jusqu'en 1983), notamment en produisant des opéras d'autres compositeurs ; à partir de 1994, il enseigne la composition au King's College de Londres (jusqu'à sa retraite, en 2001) ; l'homme a un caractère ombrageux, intimiste, isolé, indépendant (peu d'amis fidèles, peu de participation aux mondanités) : hasard ou conséquence, il est le compositeur étranger important le moins joué en France, un peu comme Morty Feldman, un de ses rares amis de longue date non Britannique (et à la musique si différente)... Premières œuvres significatives : "Refrains and Choruses" (1959, pour quintette à vent, Webernien) et "Monody for Corpus Christi" (1960, pour soprano, flûte, cor et violon, Médiévaliste, influencé par Guillaume de Machaut). Instrument pratiqué : clarinette, orgue (enfance). Moderniste-National. Harrison Birtwistle est un compositeur établi, au catalogue complet (mais peu de concertos et de pièces en solo), internationalement reconnu, innovateur sans pour autant avoir révolutionné le langage musical (ses influences principales sont Igor Stravinski, Iannis Xenakis, Edgard Varèse et Olivier Messiaen) ; il a innové par les rythmes adjacents qui entourent la pulsation (des notes ajoutées au hasard ou pour créer un pattern numérique faussement hétéroclite), suite probablement à son intérêt-manie pour les nombres et les modules ; sa musique, ancrée dans son temps (avec dissonances!), est souvent caractérisée comme très rythmique, brutale et abrupte (erratique, imprévisible, intuitive, tout en étant calculée, jamais gratuite), par bloc de sons (coupants), mais elle laisse aussi la place aux méditations, élégies (sans abandon) ; en ce sens (abrupt, ciselé, absence de sentimentalisme), il se rapproche (non revendiqué !) de l'esthétique de Boulez, mais sa musique est pleine (pas granulaire), avec un geste vital et démonstratif (pas solaire) ; il est fasciné par la dimension théâtrale selon 3 concrétisations : (1) nombreux opéras (poignants dramatiquement, mais sans pathos), avec une structure dramatique non linéaire (par exemple, flashbacks, récits selon différents points de vue) et/ou actions simultanées (avec la scène segmentée comme dans "The Mask of Orpheus"), (2) nombreuses pièces intrumentales avec une écriture-construction théâtrale, et (3) sur-investissement dans le théâtre instrumental dans lequel les interprètes se meuvent individuellement en cours d'exécution (à la suite de Luciano Berio, comme Mauricio Kagel, mais sans le côté provoc) ; la gestation-maturation de ses pièces (concept, écriture, bourgeonnement) peut durer plusieurs années, indépendamment de leur longueur… Pièces emblématiques : "Tragoedia [Tragédie]" (1965, pour ensemble, stupéfiant d'invention, le matériel étant repris dans son 1er opéra), "Punch and Judy" (1967, opéra, coup d'essai, coup de maître, cruel), "Verses for Ensembles" (1969, une merveille du théâtre instrumental), "The Triumph of Time" [Le Triomphe du Temps] (1972, pour orchestre, avec une célèbre procession funéraire), "Silbury Air" (1977, pour ensemble, énigmatique et pulsé), "Carmen Arcadiae Mechanicae Perpetuum [Chanson Perpétuelle de l'Arcadie mécanique]" (1978, pour petit ensemble, avec des ostinatos détraqués), "Agm" (1979, pour chœur et petit orchestre, un chaos fascinant), "Secret Theatre [Théâtre secret]" (1984, pour ensemble, erratique et linéaire), "The Mask of Orpheus [Le Masque d'Orphée]" (1986, opéra phare, protéiforme avec électronique), "Earth Dances [Danses de la Terre]" (1986, pour orchestre, marquées par l'exubérance pulsée), "Endless Parade" (1987, concerto pour trompette, cordes et vibraphone), "Antiphonies" (1992, piano et orchestre), "Gawain" (1994, opéra, non écouté en concert, avec une belle suite d'orchestre, truculente ou évovatirce, intitulée "Gawain's Journey"), "Panic" (1995, pour saxophone alto, percussions de jazz et orchestre, superbe jeu-dialogue), "Pulse Shadows [Ombres pulsées]" (1996, pour soprano et 9 musiciens, méditative), "Harrison's Clocks" (1998, pour piano, 5 courtes études de rythme sur le temps), "Theseus Game" [Le Jeu de Thésée] (2003, pour 2 ensembles et 2 chefs, brillant jeu de piste, avec déplacement sur scène des instrumentistes), "The Last Supper" (2000, opéra, une ré-exploration non religieuse de la Cène du Christ), "The Io Passion" (2004, opéra de chambre, non écouté en concert), "The Minotaur" (2008, opéra, non écouté en concert).

 

 

ŒUVRE(S) SÉLECTIONNÉE(S)

CRÉATIONTITREANALYSETEMPSVALEURNIVEAU
1965 Tragoedia (ensemble) [31 ans] Petit Ensemble (flûte, hautbois, clarinette en si bémol, basson, cor en fa, harpe, 2 violons, alto, violoncelle, soit un quintette à vent, une harpe et un quatuor à cordes), en 3 groupes et 6 courts mouvements (5 nommés selon la tragédie Grecque : Prologue, Parados, Episodion, Stasimon, Exodos), organisés avec une structure cyclique et des symétries de type verset-refrain ; non théâtral, mais puissamment tragique (au sens Grec ancient, stylisé, rituel) ; les sonorités sur-aigües et les formes brutales et fortement juxtaposées font penser davantage à Stravinsky, Varèse, Messiaen, qu'à Schoenberg ou Webern ; une pièce remplies de turbulences Dyonisiaques, sauf à son milieu, caractérisé par une sérénité Apollinienne ; à noter : une grande partie de la musique a été réutilisée dans son éminent (et très recommandé) opéra "Punch and Judy" (1967) [création : 20 Août 1965, à Wardour Castle (Angleterre), Summer School of Music, par l'Ensemble Melos, dirigé par Lawrence Foster] 19 xxxx +++
1972 The Triumph of Time (grand orchestre) [38 ans] Grand Orchestre (bois par 3). La plus connue des pièces instrumentales, inspirée par une gravure de Pierre Bruegel l'Ancien (montrant une procession illustrée par, séparément, la mort et la renommée) ; un long adagio en un seul mouvement (sans rapport avec Malher, sauf l'idée elle-même), une procession funéraire, avec répétitions d'un motif au saxophone (amplifié), une longue mélodie au cor Anglais qui provoquent des débordements soudains d'énergie ; musicalement, la pièce est une juxtaposition (brillante) d'objets sonores sans lien apparent autre que la continuité linéaire du sujet ou bien l'absence précisément de temps fixe pourtant promis dans le titre... donc l'exploration de l'indéfini insondable, tout un programme [création : 1er Juin 1972, à Londres (Angleterre)] 27 xxx ++++
1978 Carmen Arcadiae Mechanicae Perpetuum (ensemble) [44 ans] Ensemble. Un petit bijou de musique (apparemment) déjantée, originale (6 mécanismes distincts incongrument juxtaposés et superposés) ; la pièce, courte et concentrée, commence par une série de rythmes détraqués (mais assez dansants) ou mécanisés, comme un automate, ponctués par de longs continuos ; ensuite, suivent des soliloques, à nouveaux grippés (nombreuses dissonances grinçantes), qui peu à peu s'égrainent comme des gouttes éparses, pour revenir aux rythmes primitifs, alors plutôt délabrés... jubilatoire ; à noter : la pièce comprend une part d'auto-parodie sarcastique (ou auto-dérision) et s'inspire d'un mobile-gadget de Paul Klee appelé «Twittering Machine» comprenant 4 oiseaux filiformes (sans aile et sans corps, avec des pattes maigres) perchés sur un vilebrequin attaché à un manche (qui, sans doute lorsqu'il est allumé, lance des gazouillis) [création : 24 Janvier 1978, à Londres, Queen Elizabeth Hall, par le London Sinfonietta et le compositeur (Angleterre)] 11 xxxx ++
1986 The Mask of Orpheus (opéra et bande) [52 ans] Opéra théâtre. En 3 actes et 3 scènes chacun, 1 court (3 minutes) prologue électro-acoustique intitulé "Parodos" évoquant le lever du jour, et 1 épilogue apaisé (7 minutes, avec voix) intitulé "Exodos", sans compter 6 interludes purement électroniques ; un spectacle total (chaque acte a son aura électronique propre) qui subjugue, envahit, et emporte tout par folie, oracles et murmures, sur le mythe d'Orphée de la Grèce antique mythologique, héros-poète-musicien, qui voit son épouse Euridice mourir peu après son mariage, approche le dieu des Enfers Hadès, parvient à le convaincre de le laisser repartir avec sa bien-aimée à la condition qu'il ne se retournerait ni ne lui parlerait tant qu'ils ne seraient pas revenus tous deux dans le monde des vivants, mais il ne peut s'empêcher de se retourner vers son aimée et la perd définitivement (l'intrigue de l'opéra est impossible à synthétiser tant sa structure est complexe, explorant le mythe dans plusieurs directions à la fois, avec ses diverses contradictions, et comme vue à travers un miroir fragmenté, avec des répétitions -vraies ou fausses-, des réminiscences irrationnelles, des distorsions temporelles, des projections hystériques -les furies, le climax-, si bien que l'on ne sait plus où se trouve la réalité, le mythe, l'onirisme) ; une musique envoûtante, magique, à la fois grandiose (voire monumentale) et intimiste, avec un traitement novateur des voix par alchimie (duos ou trios intriqués fréquents, long tenus, parfois pré-enregistrés et mixés, sans oublier le parlando et les arias, et les déformations électroniques de certaines voix (effet caverneux) ; chacun des personnages principaux -Orphée, Eurydice, Aristée- apparaît sous 3 formes : chanteur (forme humaine), mime (personnalité héroïque), et marionnette (mythe), avec la même tessiture sonore ; la scène est divisée en un certain nombre de zones différentes, chacune comportant sa propre partie de l'action ; des évènements indépendants peuvent apparaitre sous 3 angles : prédiction, réalité ou réminiscence ; c'est donc davantage une tragédie lyrique ou un drame musical, qu'un opéra traditionnel avec scénario théâtralisé, narration linéaire ; la mise en scène originale a marqué une pierre dans l'histoire de l'opéra (par exemple, les 2 versions simultanées de la mort d'Euridice, tout le 3ème acte qui déroule le temps en marche arrière), et personne n'oubliera la série des 17 arches allégoriques de l'acqueduc du second acte (pour symboliquement représenter le monde d'Orphée, et les 17 vers associés du poème) [composition entre 1973 et 1984, avec réalisation de l'électronique live à l'Ircam entre 1982 et 1986, en coopération avec un compositeur électonicien Barry Anderson [création : 21 Mai 1986, à l'English National Opera, Londres (Angleterre)]. 210 xxxxx +++
1986 Earth Dances (grand orchestre) [52 ans] Grand Orchestre. S'ouvrant sur une série d'accords (caverneux) en clusters, la pièce se développe par groupes, selon les registres plutôt que les couleurs, progresse avec des cahots ; une musique primitive, aux rythmes pulsés non réguliers (la comparaison avec le "Sacre du Printemps" de Stravinsky a été proposée, mais sans ses côtés tribal et rituel) ; une musique énergique, qui puise son momentum dans le mouvement de plaques (comme la tectonique de la croute terrestre) en (6) strates, de façon croissante jusqu'à un climax pré-final vertigineux qui finit par se dissoudre en s'irisant [création : 14 Mars 1986, Londres, au Royal Festival Hall (Angleterre)]. 34 xxx ++++

 

 

ACTUALITÉ [Créations, Reprises, En cours]

légendeNé le 15 Juillet 1934

M.A.J.-Actus : 2010/03/12.
Reprise de "Agm", le 12 Mars 2010, à la Cité de la Musique à Paris (brillant) ; création Française du quatuor "Tree of Strings" à l'Amphithéâtre Bastille, le 28 Octobre 2009 ; création de "Bogenstrich", le 22 mai 2009, en Italie, à Alto Adige ; création de "The Corridor", pour voix et ensemble, le 12 Juin 2009, au festival d'Aldeburgh (UK) ; ses amis devraient créer un site Internet

 

Actualisation de la page : 12-Mars-2010

© Jean Henri Huber, Musique Contemporaine.Info, 2005-2010 Pour retourner à la page d'accueil: Bienvenue !
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